National Treasure (Mini-série – Channel 4) – « They think I’m Jimmy ‘Fucking’ Savile »

L-R Dee (Andrea Riseborough), Paul (Robbie Coltrane) and Marie (Julie Walters)
Andrea Riseborough, Robbie Coltrane et Julie Walters (Channel 4)

Paul Finchley (Robbie Coltrane) est un comique adulé, un trésor national. Il a enchanté les soirées des téléspectateurs anglais avec l’humour grand public de son duo formé avec Karl Jenkins (Tim McInnerny). Son monde s’écroule lorsqu’il est accusé de viol et corruption de mineur. Sa femme Mary (Julie Walters) et sa fille Dee (Andrea Riseborought) en cure pour addiction et dépression se tiennent à ses côtés sans être épargnées par de douloureux questionnements. Les goûts et les incartades sexuels de Paul sont épluchés quand sa famille revit le film de leur vie à la recherche d’un indice ou d’un démenti.

National Treasure est un drame parfait promis à une pluie de récompenses. L’auteur Jack Thorne (Harry Potter and The Cursed Child) s’est inspiré de l’affaire Yewtree pour construire son histoire et poser les bonnes questions. A l’origine donc la grande enquête Yewtree a mis au jour des accusations de pédophilie planant sur l’animateur vedette de la BBC Jimmy Savile. En donnant son nom à la presse se sont d’autres grands noms qui ont été accusés, l’enquête a ainsi levé un tabou quitte à accuser et blanchir les mauvaises personnes dont la vie a été à jamais détruite. Cette mini-série ne dévoile qu’à la toute fin la vérité pour nous perdre dans de multiples considérations. Paul ne nous apparait jamais comme particulièrement attachant sans être déshumanisé. Les victimes nous intriguent comme elles nous touchent. Se pose malicieusement la question de savoir s’il faut livrer en pâture le nom d’un homme pour la bonne cause. Lors d’une discussion qui a lieu au micro de la BBC Paul rappelle la violence et les séquelles irréversibles que peuvent engendrer de telles accusations quand l’intervieweuse lui oppose la nécessité de montrer l’exemple pour les victimes qui n’osent pas porter plainte et souffrent en silence.

National Treasure - Julie Walters Channel 4
Julie Walters (Channel 4)

Les coups venant de l’extérieur se répercutent en cercle clos sur les intimes. Des décennies de complicité et de cohabitation sont mises à l’épreuve. Inévitablement sa famille se pose des questions. La fille se demande si enfant elle n’en a pas été victime. Sa femme est confrontée au déballage public inhérent à une telle enquête et voit resurgir des souvenirs douloureux. Car tout se joue comme dans un huis-clos familial, il ne s’agit pas tant de savoir qui a fait quoi mais d’observer comment un homme et son entourage proche vivent ce séisme, quand le doute s’instille jusque chez sa femme et sa fille. Est-ce qu’elles ont pu s’aveugler consciemment ou juger les actes, à postériori, anodins ? Ses fans le défendent, ses collègues ont du mal à y croire. L’opinion a une place importante dans le récit, elle est utilisée pour bousculer nos propres doutes. En cela chaque révélation renverse la dernière théorie. Involontairement nous les jugeons comme le public les juge tout en ayant un oeil sur leur souffrance. Ce procédé rappelle l’excellente mini-série The Lost Honnor of Christopher Jefferies et sa façon de nous confronter à nos a-priori. L’identification est évidente, on est touché en plein coeur. J’ai pleuré comme jamais devant la scène du tribunal. La détresse des deux parties qui se mêlent au malaise et à la compassion est un cocktail dangereux utilisé intelligemment. Ainsi la déchéance et l’accusation se vivent en même temps, le résultat est épuisant pour ceux qui le vivent et permet aux spectateurs de comprendre toute la complexité de ce genre d’affaire. On ne peut que s’interroger sur les méthodes de l’enquête autant que sur le sort de celles qui accusent. Les créateurs ont parfaitement compris les ressorts de l’empathie et de la culpabilité.

National Treasure - Julie Walters et Tim McInnerny Channel 4
Julie Walters et Tim McInnerny (Channel 4)

National Treasure affiche l’esthétique soignée et froide du réalisateur Marc Munden et du compositeur Cristobal Tapia de Ver déjà collaborateurs sur Utopia. Les couleurs et les lignes sont marquées, la maison des Finchley est composée d’angles et de lignes droites qui n’offrent pas le réconfort espéré. Chaque pièce est comme une scène où se règlent les comptes dans la première, les silences s’installent dans la deuxième et les secret se forment dans la troisième, comme une maison témoin de la tragédie. La prestation de Robbie Coltrane, qu’il qualifie lui-même de Mont Rushmore, est impeccable. Son jeu est suffisamment épuré pour ancrer son personnage dans la réalité. Ni monstre, ni victime on le sent submergé par les évènements sans nous éclairer sur la nature de ses émotions, Paul est une masse quasi-immobile qui absorbe tout. Julie Walters est glaçante dans le rôle de la femme qui doit faire face au nom de la morale. Elle est presque inquiétante lorsque sa fille est impliquée malgré elle. Andrea Riseborough hérite du rôle piège avec le portrait de fille de, rebelle et victime sans provoquer le rejet car il faut l’avouer ces personnages sont souvent têtes à claque. Les accusatrices sont brillamment interprétées avec émotion et mystère. Mention spéciale à l’attendrissant Tim McInnerny dont un de ces amis à été accusé à tort dans l’enquête sur Jimmy Savile.

Ecrit par Jack Thorne. Réalisé par Marc Munden. 4 épisodes. 50 minutes. 2016.


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