The Lost Honour Of Christopher Jefferies (ITV) – Lynchage médiatique

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L’histoire vraie d’un homme accusé à tort d’un meurtre sans aucune autre preuve que sa différence. Professeur à la retraite Christopher Jefferies (Jason Watkins) peut paraître intrigant avec son casque de cheveux blancs et ses manières efféminées. Mystérieux et discret il n’en est pas moins généreux. Propriétaire de 3 appartements il est toujours prêt à donner un coup de main aux deux couples locataires. Un soir de Décembre 2010 une des résidentes disparaît, son corps est retrouvé le 25 décembre. Simplement témoin, Jefferies est déclaré coupable par les médias avec son comportement peu conventionnel et comparé à une victime si jeune et si souriante.

Ecrit par Peter Morgan scénariste de Frost/Nixon et The Queen, The Lost Honour of Christopher Jefferies éclaire par sa simplicité et sa justesse une affaire absurde. Cette mini-série de deux épisodes n’est pas une enquête policière et même si le traitement oblige à mettre la victime au second plan c’est une oeuvre toute en dignité qui observe plus qu’elle ne juge. L’opinion publique est en attente d’un coupable et les circonstances jouent contre Christopher Jefferies. Avec un crime survenu en période des fêtes et une si jeune victime le portrait du propriétaire se construit en négatif. Il vit seul, profite des simples plaisirs de la vie et cultive son cercle d’amitié. S’il ne sourit que rarement il est très apprécié pour sa gentillesse, son ironie et sa grande culture. Il vit selon ses envies, sans se préoccuper d’une quelconque norme sociale. Il n’est pas si extravagant mais son côté pince-sans-rire et sa vie de solitaire suffit à en faire un marginal aux yeux des tabloids. Ce postulat peut sembler idiot mais Jefferies a bien fait la une de tous les journaux en tant qu’accusé principal alors qu’il n’a subi qu’une garde à vue de 48 heures dont il est ressorti libre. Sans longs monologues ni leçons de morale The Lost Honour se borne à revivre les principaux événements sans s’appesantir sur l’entourage de Jefferies qui l’a pourtant soutenu dès les débuts. Sans vouloir dramatiser le propos ces 2 heures sonnent justes en s’en tenant aux faits, de l’arrestation jusqu’à la lente transformation de Jefferies en porte-parole de l’association Hacked-Off créé après le scandale des pratiques illégales utilisées par les tabloids. De l’homme déconnecté, soigneux d’éviter la lumière, il devient une figure de la lutte pour la régulation de la presse.  Chaque aspect est évoqué simplement comme la suspicion qui persiste même après la libération via le personnage de l’épicière jouée par la trop rare Anna Maxwell Martin.

The Sun headline - Christopher Jefferies
La vraie Une du Sun accusant Jefferies

Avec son traitement intelligent et presque froid le scénariste parvient à caler une magnifique scène de repas. Tout juste libéré Jefferies retrouve ses amis à dîner, au cours d’une discussion l’un d’eux lui suggère de changer son apparence pour s’épargner toutes nouvelles accusations. Un court silence pesant s’abat aussitôt brisé par la répartie de Jefferies et le rire de l’assemblée. En un temps si restreint il concentre la tension et la relâche en un immense rire qui porte en lui un tel soulagement qu’il sonne incroyablement vrai et emporte ainsi le spectateur. Difficile aussi de rire et là encore avec la partie dédiée au procès de la presse Morgan nous donne encore à sourire. Sous l’impulsion du gouvernement Cameron la Commission Leveson est mise sur pied pour réfléchir aux graves dérives de la presse anglaise après des révélation sur des faits de corruption et d’espionnage, Morgan invente pour l’occasion une 1ère rencontre entre Jefferies et Steve Coogan. L’ancien professeur est un homme cultivé qui ne regarde pas la télévision et prend le comédien pour un avocat. Par ce qu’il est loin de posséder les codes de la culture populaire et médiatique la rencontre vire à l’absurde jusqu’à  l’arrivée de l’avocat de Jefferies qui se lance lui dans des citations d’Alan Partridge. Avec une esthétique élégante The Lost Honour va à l’essentiel porté par le magnifique Jason Watkins. Familier pour les téléspectateurs et amateurs de comédie il endosse sans caricaturer délivrant une interprétation sans pathos.

 

Ecrit par Peter Morgan. Réalisé par Roger Michell. 2 épisodes d’1 heure. 2014.


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