Sally4Ever (Saison 1- SKY/HBO) – Celle qui se voulait provocatrice

Alex MacQueen, Catherine Sheperd et Julia Davis (Sally4Ever Sky/HBO)
Alex MacQueen, Catherine Sheperd et Julia Davis

Sally (Catherine Sheperd) est une jeune femme dans la trentaine, un boulot dans une petite agence de pub et un petit ami qui rêve de se marier. David (Alex MacQueen) est l’homme de sa vie, celui qui lui promet l’angoisse d’une vie qui l’effraie mais qu’elle accepte pour ne pas lui briser le cœur. Elle mène une vie pépère, est entourée de collègues bizarres avec qui elle n’entretient pas de complicité particulière, il y a certes Nigel (Julian Barratt), secrètement amoureux d’elle (ou ne veut-elle pas le voir…?), est sûrement la personne la plus sensée de son entourage. Sally a tellement peur de dire non, de blesser les autres en assumant ses goûts et ses choix qu’elle s’englue dans une histoire d’amour qui ne la réjouit pas et dans une vie qui l’entrave. A la faveur du hasard elle s’échappe de l’angoissant lit conjugal pour une virée nocturne où elle retrouve Emma (Julia Davis), actrice et chanteuse excentrique. Avec Emma, Sally découvre enfin le plaisir et pensant débuter une nouvelle vie avec sa compagne un autre enfer se profile où Emma se révèle être une perverse manipulatrice. Cette dernière va coloniser la vie de Sally au point de tout régenter.

Présentée comme l’évènement télévisuel de cette fin d’année 2018, Sally4Ever promettait de marquer un tournant dans la sitcom par ses héroïnes et la levée des tabous. Créatrice et comédienne reconnue en Grande-Bretagne Julia Davis a su se bâtir une carrière sur des personnages odieux et une ambiance malsaine. D’entrée le ton est mis avec avec ce couple sans passion et un compagnon malsain et envahissant. Pareil au travail avec Eleonore (Felicity Montagu) séductrice gênante, Mick (Steve Oram) le gros lourd et Deborah (Jane Stanness) la patronne persuadée d’avoir tapé dans l’œil de Sally.  Dès la 1ère diffusion la série avait déjà tous les superlatifs pour elle du « géniale » à la « briseuse de tabou » et même LA série féministe de l’année. J’ai beaucoup lu avant de me lancer et les articles, certains d’ailleurs très enthousiastes, ont souvent été écrits après le visionnage des premiers épisodes seulement. Cet emballement reflète assez bien cette tendance actuelle que de vouloir faire de toute œuvre un symbole par ce qu’elle en porte les éléments. Mais dans l’ensemble les aspects comédie, série ou écriture sont minorés dans la critique, à la limite secondaires pour les auteurs. Je ne blâme pas la créatrice sur ce plan bien sûr, elle n’y est pour rien, mais j’en ai marre des commentateurs qui voudraient faire de cette série un incontournable sans parler de la série en soit, d’ailleurs pour eux si vous n’aimez pas Sally4Ever vous êtes forcément coincés. Est-ce qu’on peut juste dire qu’on aime pas parce qu’elle ne nous faire pas rire, que les personnages ne nous plaisent pas ou que la manière dont la thématique est abordée nous laisse sur la faim. Et justement les qualités et les défauts de cette série nourrissent cette déception. A ce sujet j’ai envie de diviser cette série en deux périodes, la 1ère avec ses promesses et mon envie de poursuivre par curiosité et la suite qui étale un triste gâchis. Cependant je ne peux pas dire que cette deuxième partie soit complétement ratée, je pense qu’il s’agit surtout, pour ma part, d’une question d’attente.

Si vous me suivez sur ce blog vous avez pu observer la diversité des programmes de la section comédie: humour absurde, trash, anarchiste, réaliste ou satirique. Plusieurs registres peuvent évidemment cohabiter au sein d’une même sitcom. je n’ai pas d’à-priori sur un genre en particulier, mon enthousiasme se porte sur la cohérence du registre avec les ambitions du créateur, l’écriture des personnages et les situations  présentées… Le début pourtant portait de belles promesses. Le temps de présenter la petite vie de Sally des pépites malsaines et gênantes s’invitent au bureau et dans la chambre conjugale où l’on fait connaissance avec son compagnon David. Cette critique si elle avait été écrite après le 1er épisode aurait été bien plus enthousiaste. Alimentée par cette douce folie et ce malaise presque addictif il y avait de quoi espérer. L’arrivée d’Emma amène ses premières audaces et ses bonnes scènes. En artiste ratée et extravertie elle envahit l’espace par sa personne, son égocentrisme et son mauvais goût. La pauvre Sally voit son salon redécoré avec une photo de nue non-artistique. Le plus jouissif étant de voir Emma s’humilier lorsqu’enfin elle décroche un rôle de figuration. Elle est envahissante, sans pudeur et manipulatrice, rien ne l’arrête au grand désespoir du réalisateur fou de rage. De même chez la psychologue, une sorte de hippie incompétente, qui, contrairement au bon sens, ne veut pas le bien de ses deux patientes mais prend la liberté d’Emma comme la clef d’une vie épanouie en dépit des protestations de sa compagne. Si Sally est malheureuse elle entend surtout la frustration d’Emma soit disant freinée dans sa créativité sexuelle. Sally4Ever est avant tout l’histoire d’un monstre qui s’invite dans la vie d’une femme peu confiante en elle, incapable de résister et d’exprimer ses sentiments. Les deux scènes évoquées ci-dessus sont donc rare et pourtant bienvenues. Malheureusement le reste se cantonne à voir cette pauvre Sally s’enfoncer dans son malheur. Pourquoi alors proposer ces quelques moments où Emma semblent enfin recevoir ce qu’elle mérite pour abandonner cette idée et insister sur le pire de sa protagoniste ? Pourquoi prendre des sujets aussi intéressants si c’est pour les transformer en prétextes anecdotiques au service du pire. Car même cette personnalité peut avoir son potentiel comique, pour cela il faut une réponse de l’entourage ou un réveil personnel comme un soudain recul sur le ridicule de sa propre attitude. C’est finalement à l’image de la série entière, où les quelques propositions intéressantes n’aboutissent pas au profit d’un jusqu’au-boutisme sans finesse. La série offre des pépites et autres scènes mémorables mais se perd dans cette quête absolue de provocation.

Et là c’est la merde. Littéralement. Un mec sur le point de jouir chie sur la tête d’Emma. Dans le dernier épisode celle-ci se réveille après une indigestion sur un lit jonché de crottes. Les amateurs de pets, de vomi ou de pisse ne sont pas non plus oubliés. Là où est censé résider toute l’audace de la série, elle se résume à un empilement d’éléments dits tabous dans la comédie (je ne discuterai pas de la véracité de cette affirmation souvent lues à son sujet). Julia Davis veut nous faire rire en faisant apparaître à l’écran de la merde, des situations qui donnent vraiment la gerbe sans s’embarrasser de nuance ou de mise en scène. A vrai dire j’étais surtout triste pour les acteurs qui ont déjà prouvé leur talent par le passé et se trouvent pris dans une simple démonstration de la liberté de l’auteure. L’humour résidait aussi dans le décalage entre le coup de foudre entre deux femmes et l’humour scato. Ce dernier registre étant déjà largement présent dans l’art de la comédie, il est vrai rarement aussi visuel, quand l’amour lesbien de par sa rareté dans le champs audiovisuel aurait constitué la vraie audace, surtout sous la plume de Julia Davis. Finalement les deux registres se superposent sans vraiment se rencontrer avec pour résultat une ambition abandonnée pour des gags grossièrement ébauchés. Sally4Ever prend le pari du choc au détriment du rire, malgré des ingrédients qui ont déjà fait leur preuve auparavant et qui sont supposés se fondre ici comme par magie au nom de la modernité. Je l’admets volontiers Julia Davis a du talent, elle exploiter le pire de ses personnages et parvient à former une belle galerie de l’horreur. Il en reste des moments réussis dus autant aux interprètes qu’aux situations en tête le génial et trop rare Alex McQueen qui a su porter le pitoyable a un haut niveau sans tomber dans l’irritant. Félicity Montaigu tire profit de ses quelques apparitions gênantes, juste ce qu’il faut. Julian Barratt est la surprise par son jeu et l’écriture de son personnage, ses scènes amènent une pause et une douceur appréciées. En endossant les trois casquettes d’auteure, réalisatrice et actrice principale Julia Davis parvient tout de même à poser son empreinte et à créer quelques moments mémorables et une implication remarquable. En revanche Catherine Sheperd n’a pas hérité d’un rôle facile sur le papier, face à des personnages écrasants elle ne s’impose pas, voire finit par rendre son personnage très énervant. La faute à une direction d’acteurs mal équilibrée ?

Sally4Ever est à voir pour les curieux, ceux qui aiment les tentatives et les créations entêtées. Cela ne me fera pas oublier toutes les occasions ratées d’en faire à mes yeux une sitcom véritablement drôle, originale et pas seulement horripilante.

Ecrit et réalisé par Julia Davis. 7 épisodes de ~25 minutes. 2018.


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