Au service de la France (Arte) – La merveille

Au service de la France - Bruno Paviot, Josephine de la Baume, Jean-Edouard Bodziak, Hugo Becker et Karim Barras (Luc Roux)
Bruno Paviot, Josephine de la Baume, Jean-Edouard Bodziak, Hugo Becker et Karim Barras (Luc Roux)

André Merlaux (Hugo Becker) est la jeune et dernière recrue du renseignement français. Il démarre sa période d’essai chaperonné par un trio expérimenté. Jacquard (Karim Barras) spécialiste de l’Algérie, Moulinier (Bruno Paviot) chargé de l’Afrique et Calot (Jean-Edouard Bodziak) détaché aux pays de l’Est. Encore faut-il ne pas avoir ses tuteurs sur le dos lorsqu’on se révèle moins incompétent qu’eux. Avant toute chose, être espion c’est d’abord être fonctionnaire. Dans l’administration française on ne plaisante pas avec les formulaires, Merlaux apprend bien vite qu’une mission réussie est une mission tamponnée. Moïse (Christophe Kourotchkine) veille tant au respect de la procédure qu’au bon fonctionnement de nos colonies adorées, sous les ordres de l’inquiétant et respecté Colonel (Wilfred Benaïche).

 

Au service de la France - Jean-Edouard Bodziak, Bruno Paviot et Karim Barras
Jean-Edouard Bodziak, Bruno Paviot et Karim Barras (dr)

André Merlaux est, de par sa naïveté, le pivot humoristique de la série. Qu’il déclenche les moqueries et élans patriotiques de ses collègues. Se retrouve malgré lui soutien à l’émancipation féministe de sa tendre Sophie (Mathilde Warnier). Ou même le pilier d’une intrigue née en milieu de saison impliquant Moïse, le Colonel et le Père son père (Philippe Résimont). Eternel débutant Merlaux offre au créateur l’occasion d’exposer une vieille France, imperméable aux soubresauts internationaux. La grandeur du pays avant tout. Et son absurdité administrative qui pousse nos Jacquard et Moulinier à tout faire pour conserver leur prime « nazi », même au prix d’un incident diplomatique. Nos espions sont autant guidés par leurs convictions que leurs intérêts personnels. Jacquard voit dans les revendications algériennes la perte d’un territoire autant qu’un risque pour ses affaires immobilières. Notre service est un enclos pour coqs suffisants, pétris de certitudes au délicat parfum raciste.

C’est du français mais ça n’a pas de sens. C’est peut-être du Québécois.

Dans un contexte terroriste il faut considérer une femme comme un individu.

Comme on dit chez vous tout a une fin. Sauf la banane qui en a deux.

 

Au service de la France : Marie-Julie Baup, Joséphine de la Baume, Hugo Becker, Christophe Kourotchkine, Jean-Edouard Bodziak, Karim Barras et Bruno Paviot (Arte)
Marie-Julie Baup, Joséphine de la Baume, Hugo Becker, Christophe Kourotchkine, Jean-Edouard Bodziak, Karim Barras et Bruno Paviot (Arte)

Au service de la France fait ce que la comédie française évite trop souvent : aller au bout de ses idées. Là où tant d’autres se contentent de gags et clichés vus et revus, la série use de l’absurde comme ressort et structure du scénario. Évidemment les personnages, hors contexte, sont tous plus improbables, quand ils se fondent ici parfaitement bien dans cet univers. Les détails fourmillent, les références aussi. A une époque où peu de nos programmes courts assument Au service de la France joue avec le racisme d’une nation orgueilleuse, quitte à témoigner d’un franc mépris envers une délégation du Dahomey et offrir par la même occasion une des séquences les plus drôles du programme. La série a ce côté britannique de pouvoir puiser dans le réel pour ensuite construire sur un canevas invraisemblable.  Si l’écriture s’autorise un début en douceur, qui semble avoir eu raison de la patience des spectateurs (ça et la programmation à la pisse d’Arte), la suite est un enchainement de répliques ciselées et d’originalité. Il faut voir comment Calot doute de sa propre sincérité et enquête pour savoir s’il n’est pas la taupe à l’insu de son plein gré.

 

La réussite revient autant au trio de scénaristes dont le créateur Jean-François Halin, artisan des OSS 117, qu’au formidable casting. Il a été reproché à Hugo Becker son côté lisse, presque effacé. Une injustice à mon sens, lui qui assure la balance entre un personnage paumé et le puissant trio Jacquart, Moulinier et Calot. La grande révélation de cette série est assurément ces trois interprètes Karim Barras, Bruno Paviot et Jean-Edouard Bodziak. Délicieuses incarnations de la glorieuse nation, par un jeu aussi subtil que corporel, là où l’humour réclame un équilibre délicat entre le trop-plein et le trop peu. Les femmes offre un joli panorama de la condition féminine des années 1960, de la nunuche touchante (Marie-Julie Baup), à la femme puissante  et mystérieuse (Joséphine de la Baume) à la nouvelle génération éprise de liberté (Mathilde Warnier).

Avec des idées et de l’audace Au service de la France est LA série comique que la télévision refusait de nous offrir depuis l’arrêt de Kaamelott.

Créée par Jean-François Halin. Ecrit par Jean-François Halin, Claire Lemaréchal et Jean-André Yerlès. Réalisé par Alexandre Courtès. 1 saison de 12 épisodes de 25 minutes.

 

Au service de la France - Bruno Paviot, Karim Barras et Jean-Edouard Bodziak
dr

 


10 réflexions sur “Au service de la France (Arte) – La merveille

  1. Une bonne surprise ! Je trouve les critiques pas très justifiées, j’ai l’impression qu’elles n’ont pas toujours compris les intentions de cette série audacieuse et originale. J’espère qu’il y a d’ailleurs une deuxième saison malgré des audiences pas très bonnes. Tu as bien résumé les qualités de cette série : drôle, qui va au bout de ses idées, originale, bien écrite, courte en plus pour ne pas lasser et très bien interprétée.

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    1. Exactement ! Beaucoup se sont arrêtés aux 1ers épisodes, bon certes la qualité va en s’améliorant mais on voit la volonté des scénaristes dès les premiers instants, faut vraiment avoir envie de la démonter pour ne pas s’en apercevoir. Les audiences ont fortement chuté mais restent correctes. Baron noir a bien été renouvelé avec un succès moindre, de quoi espérer. Merci ^^

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  2. Oh je suis tellement contente que tu parles de ce feuilleton! je l’avais découvert l’année dernière, et cet univers pince-sans-rire de pieds nickelés des services secrets… que c’était drôle! Mad Men chez les ploucs, un vrai régal. J’avoue un faible pour Hugo Becker 🙂

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