50 nuances de DSK : de l’information à la limite du voyeurisme

DSK par Cabu
DSK par Cabu

Le procès dit du Carlton de Lille a mis à l’épreuve les reporters présents sur place, dont une part importante relatait en direct, et en détail, les séances. A la question de savoir si DSK et ses associés étaient coupables de proxénétisme, les témoignages et les plaidoiries étaient inévitablement accompagnés d’un recensement précis des pratiques sexuels des prévenus.

Le journaliste se doit d’informer, de transmettre les faits majeurs et les traits psychologiques des accusés, il semble aujourd’hui se justifier constamment par l’apport de preuves toujours plus nombreuses et pas forcément indispensables. Comme dans n’importe quel procès, les actes témoignent et confirment la personnalité du prévenu, ils sont indispensables à tout report de procès. Sauf qu’ici la couverture tourne à un tel déballage qu’elle pose un problème en particulier, lié à l’image du journalisme aujourd’hui. Avec une profession fortement critiquée et discréditée ce besoin de tout livrer, et non plus de synthétiser la presse est régulièrement accusée de se peopoliser. Laissant l’impression à ses lecteurs de privilégier le sensationnel au détriment le fond.

Cette méthode a un autre effet pervers. Décrire et insister avec soin sur certaine pratique n’est ce pas risquer de tomber, par le retentissement qu’ont de telles révélations, non plus dans une couverture journalistique mais dans un procès en moralité, en insistant sur des faits qui rencontreront un succès autrement plus important que la définition même du mot proxénète. A trop vouloir relater le déroulement des soirées de l’ancien directeur du FMI ce sont les pratiques et non plus le recrutement des prostituées qui sont ici jugées.

Au contraire certains témoignages accréditent la thèse d’un homme brusque et violent. Ses relations avec les femmes et son appétit sexuel semble être insatiable. N’assistons nous pas à un renouveau de l’image du politique à la manière anglo-saxonne où le privé aurait une influence sur les capacités et devrait être traité avec autant d’attention. En viendrons nous à élire un homme sur son humanité et non plus seulement sur ces compétences.

Dans un autre registre a-t-on assisté au mea culpa d’une profession qui a eu du mal à qualifier concrètement les faits. Nombreux sont les amis ou connaissances à avoir couvert cette affaire non sans une certaine bienveillance, je pense en particulier à Laurent Joffrin et Ivan Levaï. Selon certains commentateurs le procès DSK illustre la réminiscence du mâle blanc, à la tête d’une élite face à une précarité qui agit par nécessité. En quelque sorte une lutte des classes moderne où chacun défend son camp.

Et vous comment avez vous vécu ce procès ? Déballage voyeuriste ou nécessaire ? Faut-il reconsidérer les limites de la vie privée en une telle occasion ?

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6 réflexions sur “50 nuances de DSK : de l’information à la limite du voyeurisme

  1. Comme d'hab, une excellente analyse à laquelle je souscris totalement. Encore une fois, on est dans le déballage moraliste. or, ce qui devrait nous intéresser, plus que les habitudes et les comportements sexuels du bonhomme, c'est bien le plus important pour moi: y'a-t-il eu, ou non, proxénétisme? C'est à dire: le pouvoir et l'argent ont-ils mené un homme à penser qu'il pouvait tout s'offrir, même le luxe d'être au-dessus des lois…

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  2. Merci beaucoup !
    Une chose intéressante est ressortie des débats, tant qu'une prostituée vend son corps le respect de sa douleur et de sa dignité n'est pas totalement admise. Le débat est intéressant, jusqu'où peut-on sciemment ignorer ? En tout cas le profil des prévenus est dans un sens significatif quand à ton interrogation. Ce procès peut se lire de manière sociétale et pose la question de l'existence d'un sentiment de classe.

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  3. Je me suis protégée le plus possible de tous ces détails. Au début c'étaient les textos de l'ancien président, les ballades en scooter de l'actuel et maintenant on est carrément dans la chambre de celui qui aurait pu le devenir. Sans disculper toute attitude répréhensible qu'il a peut-être eu mais, ce jeu entre les politiques et les médias dernièrement me donne la nausée.

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  4. Très bel article !
    Personnellement, connaître toutes les pratiques sexuelles de DSK, bien qu'elles ne soient pas surprenantes, n'étaient pas pour pas nécessaires car j'estime que ce n'est pas de l'information. Il y avait une question posée, c'est-à-dire est-ce que DSK était lié à une affaire de proxénétisme. Or, tout ce déballage privé était hors sujet.

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  5. Merci ! Le procureur dans son réquisitoire pour la relaxe de DSK l'a d'ailleurs évoqué. Son métier c'est le droit et non la moralité et à cette question, malgré l'immense couverture médiatique, les preuves ne sont pour lui pas légion.

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