Toast of London (Channel 4) – Grand mâle au petit cœur frustré

Robert Bathurst, Matt Berry et Harry Peacock (Toast of London - Channel 4)
Robert Bathurst, Matt Berry et Harry Peacock (Channel 4)

Comédien confirmé Steven Toast (Matt Berry) est toujours à la recherche du succès, il  traîne sa frustration de casting en studio de doublage avec l’espoir de voir enfin son talent récompensé par un rôle de premier plan. Selon lui ce monde injuste sous-estime ses capacités l’enferme dans une routine où son jeu s’enfonce dans une version caricaturale faite d’éclats et de dramatisation. Malgré son carnet d’adresses et sa longue expérience son agente Jane Plough (Doon Mackichan) ses efforts sont souvent vains entre le niveau des offres qu’elle décroche et la mauvaise volonté de Toast. Quand enfin les choses semblent s’arranger son pire ennemi et collègue Ray Purchase (Harry Peacock) se plaît à s’incruster sur les mêmes projets ou lui voler la vedette. Seule consolation pour Toast, Madame Purchase (Tracy Ann Oberman) est une amie, du genre séduisante et très gentille.

 

La bonne vieille recette du prétentieux incapable de coller à la réalité marche toujours avec ici un dosage réussit entre un personnage extravagant et le pathétique qui le rend si humain. Avec cette formule tant utilisée dans la comédie britannique Matt Berry parvient à imposer son empreinte et redonne du lustre à un registre quelque peu considéré comme désuet. Avec Arthur Mathews (Father Ted) comme co-auteur l’humour revendique clairement un héritage du music-hall que 3 décennies de sitcoms ont relégué au passé. C’est un style à l’identité voyante aux perruques gonflées et aux costumes satinés qui s’adapte très bien à l’humour vulgaire et absurde des deux auteurs. Pour autant la série ne porte aucune trace de nostalgie et ne cherche pas à s’inscrire dans une quelconque lignée satirique. C’est une farce où curieusement le guignol nous apparait sympathique alors qu’il nous est présenté presque exclusivement sous le prisme de ses défauts. Berry et Mathews ne tombent jamais dans la méchanceté, au fond ce portrait porte une certaine tendresse même s’il dépeint un incorrigible con. Cela tient également aux sources d’inspiration de Matt Berry qui a puisé dans ses rencontres et des années passées à fréquenter des comédiens établis plus ou moins satisfaits de leur carrière.

La bêtise de Toast s’inscrit dans un univers aussi grotesque qu’absurde, entourée de savoureux second rôle, comme son colocataire Ed Howzer-Black interprété avec élégance par Robert Bathurst ce qui contraste avec son personnage aux mœurs étranges. Malgré une exagération des portraits chacun y trouve sa place, l’abondance ne mène pas à l’overdose. La série est trop riche d’absurdité pour en faire une description définitive, que je préfère faire une liste de scènes improblables : tournois dans un pub entre des célébrités et des prostituées ; un metteur en scène contemporain adapte Shakespeare avec des chiens ; un autre aux méthodes brutales avec compression des testicules ; des doublages sans fin pour une syllabe ; des scènes dans le vent ; et une fiancée qui ressemble furieusement au présentateur Bruce Forsyth…

L’exploit de cette série est également d’offrir des répliques cultes dès son installation. De même pour les seconds rôles emblématiques avec en tête les deux employés du studio de doublage chargé de l’enregistrement et de la direction d’acteur, Clem Fandango (Shazad Latif) et Danny Bear (Tim Downie). Ces caricatures visuelles du hipster, sont jeunes et font preuve d’un zèle qui a le don d’exaspérer Toast. Du côté des guests stars les créateurs ont joué la prudence avec des noms surtout connus des téléspectateurs anglais. La grande réussite est d’avoir su faire un épisode centré sur Jon Hamm totalement justifié, focalisé sur le charme de l’acteur américain et ses effets sur Toast. Sur le plan musical Matt Berry assure le thème principal et les chansons ponctuant les épisodes. D’ailleurs au cours de la 3ème saison, Berry et le groupe The Maypoles, alors en concert, débarquent sur Channel 4 pour jouer en direct le générique de fin.

A noter que la série s’est arrêtée après 3 saisons. Vous trouverez pas mal d’articles annonçant une 4ème saison, ce qui est une mauvaise interprétation d’une déclaration de Matt Berry qui confirme le retour du personnage mais dans un autre projet qui n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour.

Shazad Latif et Tim Downie (Toast of London - Channel 4)
Shazad Latif et Tim Downie (Channel 4)

 

Ecrit par Matt Berry et Arthur Mathews. Réalisé par Michael Cumming. 3 saisons- 18 épisodes + le pilot disponible. 2012-2015.


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