Man to Man with Dean Learner ( Channel 4) – Promotion chesterfield

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Dean Learner (Richard Ayoade – Channel 4)

Touche-à-tout Dean Learner (Richard Ayoade) est éditeur, producteur de cassettes, acteur et maintenant présentateur. Il a aménagé un étage de sa tour en un simili club de gentlemen pour y filmer son émission « Man to Man with Dean Learner ». Dans une ambiance chaleureuse il y reçoit un invité dont l’oeuvre est distribuée via son empire culturel. A la tête d’une fortune visiblement phénoménale Dean se rêve en Lord, habile dans la conversation et les jeux de mots, et aussi en découvreur de talent. Ce qui ressort surtout de ces 6 épisodes c’est que l’argent ça aide. Beaucoup.

On retrouve ici le même principe que pour l’oeuvre précédente des acteurs et auteurs Richard Ayoade et Matthew Holness Garth Marenghi’s Darkplace. Dean Learner, le pire acteur de l’univers, revient donc à la télévision et semble plus à l’aise dans cette parodie des émissions de promo. L’exercice est certainement plus plaisant pour lui qui a désormais l’occasion de se mettre en avant tout en assurant la promotion de ses produits. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a du flair le producteur. A chaque émission nous découvrons un aperçu des oeuvres portées par l’invité, constantes dans leur nullité. Disons le c’est une pompe à fric dans un écrin de soie. Au passage vous pourrez voir une nouvelle prestation ciné de Dean dans le dernier film de l’auteur Garth Marenghi, son poulain, déjà coupable de la série Garth Marenghi’s Darkplace. Suivrons l’ancien pilote de F1 Steve Pising (à prononcer Pissing), Glynn Nimrod acteur plastifié de science-fiction niaises, le chanteur tourmenté Merriman Weir, le gourou du bien-être Amir Chanan et le défunt comédien Randolph Caer cantonné à des rôles de psychopathes à cause de son physique. Tous sont interprétés par Matthew Holness capable d’insuffler pathétique et malaise à ses différentes créatures.

Comme pour Garth Marenghi’s Darkplace la comédie vient du décalage permanent entre un contenu nullissime et le sérieux de l’hôte et des invités, l’ambiance rassurante du plateau et des extraits d’oeuvres bancales. Personne ne semble à sa place. Certains invités récitent leurs promos avec des bons mots préparés à l’avance et balancés sans aucun naturel. Dean Learner joue au maître des lieux derrière son seyant noeud de papillon sans parvenir à injecter de la fluidité dans la conduite de son émission. Il cherche souvent le bon emplacement et n’a pas le timing nécessaire qu’exige l’art de la conversation. S’il rate la blague de son interlocuteur il a tout de même l’élégance de faire une prise pour y inclure son rire si délicieux. Les réglages et les discussions avec la régie se font en direct, donnant à l’ensemble un savoureux goût d’improvisation permanente. Quant aux pubs et archives diffusées tout au long de l’émission elles n’arrivent jamais à convaincre par leur fadeur et un sérieux manque de cohérence.

Comme à leur habitude Holness et Ayoade soignent l’univers et l’ambiance, créant avec soin des oeuvres catastrophiques et des séquences souvent courtes et toujours soignées. Chaque invité est parfaitement caractérisé par Holness avec juste assez d’absurdité pour faire face au pragmatisme de Dean Learner et ainsi pallier au risque d’incompatibilité de deux registres opposés . Face à lui Ayoade est monumental avec sa glorieuse moustache et son air d’homme d’affaire satisfait. Les deux comédiens s’imposent sans se faire concurrence soulignant le talent malheureusement sous-utilisé d’Holness. Très bien écrits, les dialogues offrent de jolies trouvailles avec un art certain de la formulation. L’attention portée à la reconstitution et à la réalisation de cette parodie offre aux 6 épisodes un parfum familier toujours d’actualité aujourd’hui où l’intégration verticale (quand le producteur dispose de ses propres canaux de communication) est au meilleur de sa forme. 12 ans après le propos reste pertinent et la critique drôle car malgré un genre de la parodie aux chef-d’oeuvre bien connus Man to Man parvient à imposer un imaginaire original entre le grotesque et la férocité, un monde cohérent qui n’a pas eu le succès escompté à sa diffusion mais bénéficie aujourd’hui d’une solide réputation.

Ecrit par Matthew Holness et Richard Ayoade. Réalisé par Richard Ayoade et Ben Kellett. 2006. 1 saisons de 6 épisodes de 25 minutes.


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