Le 20H, Field, Pujadas – Les tristes coulisses de l’information dénoncées par les syndicats

Society

Le tweet d’une star de l’info saluant le travail d’un confrère c’est normal. Dans les hautes sphères l’entre-soi est la règle. Le présentateur du rendez-vous d’actualité le plus regardé est une institution par sa place et la portée de son discours. Pourtant pendant de longues semaines les présentateurs des journaux télévisés de France 2 se sont excusés pour les conditions de réalisation des éditions en raison d’un mouvement de grève. Par qui ? Pourquoi ? Rien, pas un mot. Pareil pour les articles censés dévoiler les coulisses de cette institution et publiés dans d’autres médias, qui se résument à interviewer les protagonistes avec autant de pugnacité qu’un Laurent Delahousse en période électorale. La réalité du travail de journaliste est rarement exposée aux téléspectateurs. Lorsque Michel Field et David Pujadas se prêtent à des interviews ‘vérité’ dans Libération et Society c’est le seul moyen de connaître l’envers du décor, qui leur est forcément favorable. Il existe pourtant de précieuses données à ce sujet, bien évidemment elles sont peu relayées et pour cause elles émanent des syndicats du Syndicat National des Journalistes, la CFDT Média France Télévisions à la CGT France Télévisions. A lire les communiqués la situation en coulisses est plus complexe et difficile que la fausse bonne volonté affichée des Field et Pujadas. Entre les superstars de l’info, les rédacteurs en chef, les éditorialistes/commentateurs/ »analystes » et les directeurs de l’information et ceux de la chaîne, les petites mains et la déontologie journalistique peinent à se faire entendre. Dans ce microcosme où tous les rédacteurs et éditorialistes se croisent au gré des mutations et des débats ce sont les responsables qui viennent faire leur propre bilan non l’employé étouffé par les injonctions. Ne parlons même pas des techniciens et des relais locaux et d’Outre-mer.

Donc Pujadas est viré et Michel Field poussé à la démission. Un soulagement pour le citoyen autant qu’un constat amer lorsqu’il s’agit du service public. Pour bien faire il faudrait prendre le problème à la racine et choisir un patron amoureux de la télévision, ayant un respect pour le journalisme, une soif de création et le flair pour dynamiser un groupe télévisé. Si la chaîne Canal + est celle ayant l’identité la plus forte sur l’imaginaire collectif, ce n’est pas un hasard puisque son directeur des programmes Alain De Greef avait une vision artistique qui encouragea l’innovation et les nouveaux talents. Or aujourd’hui le service public se dote d’un simple manager, si possible avec HEC, Science Po ou l’ENA dans son CV. Si nos chers dirigeants n’ont toujours pas compris la spécificité d’un poste où il faut savoir concilier rigueur, fiction et divertissement nous verront défiler encore et toujours un dirigeant sans vue, sans ambition et sans sensibilité. Parfois même sans grande passion pour son média si j’en juge par l’attitude de l’actuelle présidente de France Télévision Delphine Ernotte qui après avoir supprimé une pastille humoristique de Mathieu Madénian et Thomas VDB admet involontairement ne pas avoir vu ce programme court diffusé en semaine sur France 2 après le 20H. En gros la directrice du groupe n’a pas jugé bon de s’intéresser au programme destiné à la case la mieux exposée de son entreprise.

Ainsi les communiqués des syndicats évoquent une pression constante, la mainmise des rédac’ chef et des présentateurs sur la ligne éditoriale et autres manquements aux devoirs du journaliste. Cet article réunit bien entendu une sélection réduite qui ne dévoile pas tout de l’ampleur du problème, je vous invite à visiter les sites des syndicats et celui de l’association ACRIMED (ActionCRItiqueMEDias).

 

« Le journal est devenu une dictée. Cela fait 5-6 ans, cela a commencé à basculer. L’encadrement nous donne l’ordre du montage : tu vas interviewer telle personne, interviews très orientés et ils nous disent dans quel ordre le mettre…. On est infantilisés, devenus des stagiaires permanents » Témoignage cité dans un communiqué de la CGT, Thierry Thuillier, parti sans présenter d’excuses, juin 2015.

Une gestion chaotique

Portrait de Michel Field, entre amateurisme et soumission (CGT) le tableau est terrible pour l’intéressé. « Pote de Sarkozy » et « petit télégraphiste de Hollande » Michel Field apparait tantôt en guignol, tantôt en opportuniste. On peine à croire à autant de désinvolture de la part d’un responsable chargé d’une mission capitale au sein du service public.

D’après un rapport de 2016 de la cour des comptes relayée par Marianne, de (grotesques ?) erreurs de dépense ont entaché la précédente présidence. France Television traîne un sérieux déficit cumulé à des erreurs de stratégie en négligeant l’investissement dans la fiction couplé à l’ouverture d’une nouvelle chaîne d’info dont le coût ne sera connu qu’après un an de fonctionnement.

Soulagement après le départ de Thierry Thuillier de la direction de l’information (CGT). Le communiqué de juin 2015 dénonce les rapports de la direction avec le personnel des journaux télévisés ainsi que la gestion brutale de France 3.

La CFDT regrette l’amateurisme de la présidente Delphine Ernotte dans son choix des modalités et de la date de licenciement de David Pujadas. En effet survenu pendant la formation du 1er gouvernement d’Edouard Philippe le syndicat craint pour l’image de l’entreprise chez les téléspectateurs par ce calendrier malheureux, il avance même la possibilité qu’Ernotte ait voulu anticiper les désirs du nouvel exécutif.

 

Neutralité et pluralisme aux oubliettes

« On ne veut pas de toi dans la secte » (SNJ) : Le texte le plus important et le plus triste de la sélection avec le récit du management dictatorial du 20H de France 2 où les reportages ne répondant aux orientations fixées sont au mieux retoqués, au pire conduisent à la mise au placard de l’auteur.

Un point de vue unique et une information amoindrie par le sensationnalisme (CGT)

-David Pujadas et Agnès Varhamian, la brutalité et le « taylorisme du journalisme ». Après les éternels reproches sur un management chaotique il est aussi question de la pression subit par le personnel qui peut virer à l’humiliation. Avant de passer à l’antenne les sujets peuvent être retouchés, mais pas par leurs auteurs. Et les journalistes qui déplaisent à la direction ne tardent pas à s’en rendre compte, en dépit de leur talent et de leurs contributions passées. Sans oublier l’hypocrisie du directeur de l’information à l’époque, Michel Field, qui dans une interview feint l’étonnement à la découverte de ces dérives.

Difficultés pour les antennes locales et les salariés sur le terrain

-Rouages pourtant essentiels des éditions, les journalistes reporteurs d’image doivent encore batailler pour leur statut (CGT) –

L’information régionale en ligne est un fourre-tout révélateur du désir de fusionner les rédactions locales de France 3 selon la CFDT et le SNJ. Entre un site illisible et une hiérarchie de l’information inexistante le communiqué fait état des inquiétudes des salariés pour la reconnaissance et l’accessibilité de leur travail. Sur une précédente publication avant le lancement du nouveau site ils révélaient l’absence de concertation avec les employés et l’ambition de la direction dans la course aux clics. Avec en prime le récit de la création absurde d’un nouveau poste de Chef Info Web dont ni l’ouverture du recrutement ni les contours de ses missions n’ont été clairement édictés.

-Il est encore question de France 3 avec un préavis de grève à France 3 Limousin, un évènement isolé et pourtant significatif d’une nouvelle tendance dans le service public. Les équipes protestent contre la suppression des éditions spéciales élections législatives et la réduction des effectifs dans une période aussi cruciale. C’est en creux une crainte déjà vue chez les syndicats qui redoutent de voir à l’instar des 13H de TF1 et France 2 la domination de sujets légers, loin de la réalité des téléspectateurs et des missions des journalistes.

-Je termine par deux affaires qui remontent à 2013 et 2014. Le SNJ signale des problèmes dans les paiements et l’absence de plan pour lutter contre la précarité du personnel. Le syndicat dénonce les coupes budgétaires sur les équipes de terrain quand la direction continue de recruter de son côté.

 

En bref, selon une source proche du dossier, David Pujadas officierait désormais sur LCI…


7 réflexions sur “Le 20H, Field, Pujadas – Les tristes coulisses de l’information dénoncées par les syndicats

  1. Heureuse de retrouver tes billets super intéressants… Remarque du barbare durant ces vacances devant mon étonnement par rapport au 20h de France 2 : « ici, en France, la presse est une « extension » des politiques… les journalistes disent ce qu’ont leur dit de dire et interviewent ceux qu’on leur dit d’interviewer »… Je m’étonnais aussi des heures de diffusion concernant les élections… Le com du barbare englobait ce point aussi… J’ai l’habitude du 19h30 de la rtbf où les politiques (tous partis confondus) me semblent plus « bousculés »…
    Bon dimanche Amandine

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    1. Ohh merci à toi qui est toujours au rendez-vous ! Comme quoi c’est tellement visible et pourtant les jts restent souvent la 1ère et, parfois, la seule source d’information. Et vos remarques sont légitimes, je me demande combien de téléspectateurs regardent tout en étant très critiques. Après on peut se réjouir et se dire qu’ils ne peuvent que s’améliorer. Je n’ai jamais vu le jt belge et ça m’intrigue.
      Belle semaine à toi !

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    1. Merciiiiiiii !
      Alors sur le papier ça ressemble à un simple relooking. Tu prends des figures jeunes et dynamiques plaqués sur des vieux concepts. Pourtant il me semble qu’ils avaient annoncé un changement dans le fond aussi. Et à l’écran j’ai regardé quelques instants, c’est inconsistant et Daphné Burki qui joue la pseudo-rébellion avec son simili-striptease vu et revu. Tu peux tout résumer en une chronique pour ou contre se faire tatouer son amoureux, fallait vraiment inventer une nouvelle émission pour se poser la question… J’attends quand même ton avis, j’aime lire ton indignation ^^

      Aimé par 1 personne

      1. Burki m’agaaaace, pareil que toi, du genre la pseudo rebelle parce qu’elle a 4 tatouages et qu’elle montre ses seins… pffffffff
        Ca me fait de la peine pour Faustine qu’elle se soit embarquée là-dedans…

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      2. Je comprends qu’elle ait voulu évoluer, j’ai lu son interview où elle disait qu’elle avait eu un déclic quand on lui avait posé la question « si c’était un rêve d’animer une émission de cuisine ». Mais elle aurait pu rester sur la 6 et développer d’autres projets à mon avis.

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