Benoît Hamon, la « surprise » au programme « peu réaliste »

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Débat de la primaire – Benoît Hamon et Manuel Valls (France 2)

Encore une surprise ! La politique cette grande folle. Cette nouvelle élection est encore un triste aveu pour les grands médias. La propagande est un grand mot, très violent et douloureux à prononcer lorsque l’on vit dans une démocratie. Il faut malheureusement se rendre à l’évidence. Quelle que soit la couleur politique des candidats et des idées le traitement et les jugements émis au nom d’une analyse effectuée par des commentateurs/experts/éditorialistes est de la propagande. A l’image du traitement subit par Benoît Hamon le candidat à la primaire socialiste arrivé en tête des votes au premier tour et confronté à Manuel Valls au second. Face à un second ayant été ministre de l’Intérieur et Premier ministre, Hamon est qualifié au choix d’amateur ou de rêveur. Donc son succès était imprévisible. Sauf que. Avec un programme ambitieux et une vision de la situation actuelle en décalage avec le discours majoritaire, et au regard des récents changements introduits par les votes emblématiques de l’année 2016, l’engouement se comprend mieux.

Toute ressemblance avec un précédent billet est désespérante.

L’analyse du succès d’Hamon légitime la couverture médiatique

C’est l’émission C Politique sur France 5 qui le dit. Pourquoi changer les méthodes d’analyse de la vie politique puisque vous votez selon ces données discutées toute la journée à la tv, la radio et dans la presse. Le raisonnement est simple : un sondage indique une courbe ascendante, le frémissement entraîne une Une, les sondages augmentent, les Unes se multiplient et les commentateurs concluent à l’engouement puisque le candidat fait la Une qui alimente le sondage qui alimente la Une créée par ces mêmes commentateurs. Puisqu’ils couvrent la vie politique selon la côte de popularité et les guerres fratricides c’est bien parce que vous ne votez que selon ces critères. Ou comme le dirait Alain Duhamel, alias Jean-Michel Constatation le candidat est donc dans belle dynamique, il recueille l’engouement du public, rallie une foule attentive, s’adresse à un public engagé, engrange la sympathie des électeurs car il plaît aux gens. (Ou l’art de faire deux phrases pour dire la même chose.)

L’émergence d’Hamon s’inscrit dans un mouvement plus large

Pourquoi ce refus de comprendre les électeurs ? Si l’on réfléchit à ce problème sous l’angle de l’élection une raison me vient à l’esprit : la peur d’assumer qu’on ne peut tout voir, tout comprendre. Certaines dynamiques ne pourront jamais être complétement expliquées. Il faut admettre que des questions posées resteront sans réponse. Un aspect qui ne devrait pas effrayer car même un point d’interrogation permet d’élaborer une 1ère piste de réflexion qui peut être reprise plus tard. Cette incapacité à questionner l’actualité vient de cette tendance imposée par les éditorialistes et les grandes figures à vouloir à tout prix prédire les résultats et montrer sa prescience. Comme si la pertinence se résumait à la divination à la manière d’un Super-Citoyen. Il faut au contraire accepter de n’être qu’une rampe de lancement du débat ce qui implique une certaine impuissance car la tendance habituelle de désigner celui qui mérite notre attention en tant qu’électeur est le fait d’une personnalisation du journalisme politique nourrit par la perception du commentateur. Se forcer à la neutralité et à la diversité c’est remettre en cause l’ère du narcissisme médiatique où le ressenti d’un éditorialiste a plus de poids que le témoignage d’un citoyen. Ou les invités ne seraient plus Laurent Joffrin ou Christophe Barbier mais des journalistes ou spécialistes de la vie politique.

L’après débat ou le tribunal des commentateurs

Difficile d’invoquer une certaine maladresse, ce n’est plus de l’analyse mais une opinion étalée sur les chaînes d’infos et le service public dans une lignée idéologique ancrée et inamovible. Au détriment de l’exhaustivité nous voilà considérés comme de jeunes enfants irresponsables à qui il faut réapprendre l’importance du vote. Quel que soit le parti politique, les candidats sont soumis au jugement d’experts et éditorialistes au détriment du journalisme. Là où il serait nécessaire de faire la lumière sur les propositions, les moyens envisagés et les effets ce sont des jugements définitifs au nom d’un ‘réalisme’ qui n’est que le leur, à savoir une ligne immuable, jamais remise en cause par les tendances inspirées par les récentes élections et le quotidien des citoyens. L’éternelle arrogance en somme avec laquelle ils se permettent de disqualifier un candidat par une vision lapidaire et peu argumentée. Cette supposée supériorité intellectuelle de leur vision n’a d’autre conséquence que d’éloigner le votant de la vérité, du fond et des médias eux-mêmes. Ce sont pourtant des critiques régulières qui ne semblent jamais avoir de répercussions sur le fonctionnement du journalisme politique.

Le revenu universel, en attendant de s’attaquer aux vraies questions – Le Monde, article publié le 27 janvier 2017.


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