Happyish (Showtime) – ‘Fuck’ ‘Fuck’ ‘Fuck’

Happyish - Steve Coogan
Steve Coogan (Braindamaged.fr)

Thom Payne (Steve Coogan) a tout pour être heureux. Il a un charmant petit garçon Julius (Sawyer Shipman), sa femme Lee (Kathryn Hahn) est une artiste, il est directeur artistique dans la publicité et il possède une jolie maison éloignée de tout. Seulement à 44 ans Thom est arrivé à la moitié de sa vie. L’insignifiance de l’existence et la superficialité du monde le frappent de plein fouet. Lui, sa femme, ses collègues et ses amis partagent une même vision amère du monde. Pour ne rien arranger Thom subit l’irruption de ses nouveaux supérieurs suédois Gottfrid (Nils Lawton) Gustav (Tobias Segal), deux jeunes branleurs qui pensent détenir par leur jeunesse et leur inventivité le savoir suprême.  Son collègue Jonathan Cooke (Bradley Whitford) tente de se maintenir à niveau par lâcheté et opportunisme.

Episode 101
(Hollywood Reporter)

Happyish divise. Avec des audiences et des critiques moyennes la série a été annulée après une saison et 10 épisodes. Je m’attendais à un show médiocre et j’ai du mal à avoir un avis tranché. Je m’attendais effectivement à une comédie pas drôle et j’ai ri, pas tout le temps certes. Je ne me suis pas ennuyée une seconde et j’ai même pris plaisir à voir la saison d’une traite. Difficile de savoir quelles sont les véritables ambitions de cette série mais elle porte en elle pas mal de bonnes idées. Je comprends son échec dans le sens où cette série pose les bases d’un très bon programme mais souffre d’un problème à l’écriture. Portée par son créateur et auteur shalom Auslander la série a connu des débuts difficiles. Philip Seymour Hoffman, interprète de Thom, décède peu après le tournage du pilote. Loin d’être un choix évident pour les décideurs, Steve rejoint le projet et se glisse avec aisance dans la peau du protagoniste. Chronique d’un milieu aisé en proie au cynisme et à la caricature, Happyish a du mal à exploiter son sujet et l’approfondir. Elle contient tout de même de bonnes scènes comme le remake de Dora l’exploratrice où Lee règle ses comptes avec sa mère ou Thom perdu dans un rêve, traqué par des personnages animés finit par se taper une mémé surexcitée, est surpris par son assistante en train de baiser son canapé. Par ce qu’elle passe à côté d’une occasion formidable cette série est autant divertissante, qu’agaçante et frustrante.

La série se veut un curieux mélange de réalisme cru et d’animation absurde. Malheureusement son traitement est grotesque et trop superficiel pour réellement atteindre son but. Pour faire vrai il ne faut pas nécessairement être vulgaire à chaque phrase. J’ai rarement entendu autant de ‘Fuck’, ‘Assholes’ et ‘Bullshit’, et pourtant j’adore la vulgarité mais elle semble plus combler les silences qu’autre chose donnant à Happyish l’apparence d’une série qui se voudrait subversive sans vraiment l’être. Dire bite ne fait pas automatiquement rebelle, il faut enrober la bite d’un bon gag et non pas la sortir au milieu d’une flopée de grossièretés. Surtout pour des personnages obsédés par la futilité de la vie et la mort j’imagine qu’ils avaient mieux à dire. Car ils ne font que se plaindre de tout, tout le temps. Un penchant qui ne me dérange pas s’il sert à comprendre les motivations de chacun. La palme revient à Lee, une sacrée connasse, c’est bien simple à chacune de ses scènes s’affichait dans ma tête un immense ‘Ta Gueule’ en néon. Je veux bien qu’elle souffre mais pourquoi en faire une pleurnicheuse désagréable qui ne fait aucun effort ? Heureusement le milieu professionnel se révèle moins irritant même si la publicité est un monde volontairement décrit comme caricatural, baignant dans un environnement New-Yorkais bouillonnant où les idées sont toutes plus connes et les employés les serviteurs d’un cynisme dévorant. Le principal reproche fait à cette série par la critique est de représenter une énième famille aisée sans réels problèmes. Au fond peu importe le personnage si pour moi le mal-être est exploité, finalement je me demande si ce cliché de la famille blanche de classe moyenne supérieure n’est pas en soi un bon point. Impossible de trancher si la série dans son ensemble est volontairement caricaturale mais pris sous cet angle elle peut plaire.

Voilà pour l’agacement, passons maintenant à la frustration qui se résume en 2 mots : Steve Coogan. Si vous suivez un peu sa carrière vous comprenez à quel point c’était un sujet en or pour lui. S’il avait été associé au scénario la série aurait pu explorer avec intelligence et une férocité non-forcée un milieu si absurde. Il aurait pu poser de bonnes questions sur la poursuite du bonheur qui se résume ici à être fatigué de tout, surtout pour quelqu’un qui ne cesse de déclarer son envie d’en finir avec ces comédies pessimistes c’est réussi… Mais c’est pas grave je t’aime toujours autant Néanmoins contrairement à Lee, Thom, pourtant dans la complainte permanente, apparait plus sympathique car il manie parfaitement l’ironie et se fond avec plus de résignation dans ce monde. Je n’ai d’ailleurs rien à reprocher à l’actrice Kathryn Hahn mais son personnage en fait trop. En comparaison Steve apporte un équilibre apprécié. Thom est donc le centre d’une comédie qu’il incarne pour une fois comme une seconde peau, sans mimiques avec seulement une voix légèrement modifiée et un accent moins anglais sans être vraiment américain. Malgré un casting qui tient la route les personnages ne provoquent jamais d’empathie, ni même d’adhésion ponctuelle. L’égoïsme étant la règle on a du mal à comprendre s’ils veulent vraiment en rire. Sur l’échelle du Coogan Happyish n’est pas à la hauteur mais elle peut être divertissante si vous avez devant vous 30 minutes et aucune envie de vous concentrer. Les animations sont souvent drôles et illuminent un peu la lourdeur du propros. De même que les brainstorming où le marketing terroriste devient une banale source d’inspiration et les pubs tournées sont des concentrés de conneries. Sur ce sujet comme il n’y a jamais d’exploration cette série peut donner l’impression de tourner en rond. Elle affiche beaucoup de raccourcis avec une opposition simple entre quarantenaires qui détestent leur boulot et les millennials fascinés par Steve Jobs quand le thème ‘la vie c’est de la merde’ rappelle le traitement de l’adolescence dans les mauvais téléfilms. Ça fait beaucoup de défauts mais je n’arrive pas à la détester, parfois ça fait du bien, à petite dose, et puis Steve au naturel ça ne se refuse pas.

Ecrit par Shalom Auslander. Réalisé par Ken Whittingham. 1 saison, 10 épisodes. 25-30 minutes. 2015.

Happyish
(Entertainment Weekly)

 

Retrouvez sur mon blog un portrait/hommage à Steve Coogan – L’observateur obsessionnel https://dismoimedia.com/2016/10/20/portrait-de-steve-coogan-lobservateur-obsessionnel/


4 réflexions sur “Happyish (Showtime) – ‘Fuck’ ‘Fuck’ ‘Fuck’

  1. Je ne connaissais pas du tout l’existence de cette série – même pas par rapport à la tragédie autour de Philip Seymour Hoffman – mais c’est toujours triste quand un artiste qu’on aime se plante, même si on doit accepter que ça peut arriver !

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    1. Tellement ! Steve a une carrière tv exceptionnelle, dommage. Paradoxalement, et je ne dis pas ça en tant qu’admiratrice, Steve est un professionnel intelligent et lui et son personnage rendent la série regardable. Au fond tu sens qu’il prend plaisir avec un perso familier en y mettant ses moues et son vrai rire mais je pense que son jeu, en décalage avec les autres, laisse à penser qu’il est conscient des faiblesses et tente d’équilibrer ce bordel.

      Aimé par 1 personne

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