I Partridge : We Need To Talk About Alan (fausse autobiographie) – Transposition réussie

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Le Alan d’aujourd’hui s’est éloigné du Partridge d’I’m Alan Partridge et encore plus de celui de Knowing Me Knowing You. Si son grand retour télévisé est aussi un programme biographique Welcome To The Places Of My Life. Alan revient un an avant avec une autobiographie où il promet de dire toute la vérité, rien que sa vérité. C’est ainsi qu’il retrace l’itinéraire d’un enfant triste et maltraité qui à force de volonté brise les réticences des puissants et le politiquement correct. Il a des comptes à régler, des histoires à révéler et rien ne l’arrêtera. Alan n’a pas peur d’admettre des débuts difficiles avec les journalistes chevronnés de The Day Today, ses nombreux démêlés avec la BBC (et surtout Tony Hayers). Il évoque des souvenirs douloureux d’enfant méprisé et sans autorité, son mariage raté et ses enfants qu’il ne voit plus ou encore le fameux épisode des ‘Toblerones’ longtemps resté un mystère pour les fans d’Alan Gordon Partridge. Pas question pour autant de négliger ses réussites comme ses débuts d’animateur pour une radio d’hôpital dont il ne peut cacher la fierté d’avoir été la dernière voix entendue par les patients en phase terminale. I Partridge est la renaissance d’un homme blessé et le retour d’un grand enfant (avec des Lol et 😉 dans les notes en bas de page). A noter la présence d’une playlist éloquente et d’un index (trèèèèès) fourni et pertinent.

Attention ce livre n’est pas un moyen de profiter de l’immense notoriété d’Alan. Ce n’est pas un vulgaire produit dérivé ni une relance facile de la machine. I Partridge est une excellente parodie de la biographie de célébrité, qui porte en elle ce qui a fait le succès des séries précédentes à savoir un personnage passionnant et l’art de la formule foireuse. Loin de souffrir du changement de support ce livre est une brillante adaptation fouillée d’un personnage que l’on penserait affaibli sans l’interprétation de Steve Coogan. I Partridge est une fascinante plongée dans la logique Partridgienne où toute anecdote intime est, selon lui, bonne à dire. Et où tout ce qui lui semble glorieux ne fait que rajouter un nouvel élément pathétique à une vie qui en compte déjà pas mal. Ce livre est évidemment l’occasion pour les auteurs d’approfondir les causes de son agressivité et cette envie irrépressible d’être entendu. Il est amusant de voir à quel point Alan se sent victime de tout et de tout le monde. La nuance n’existe pas chez lui et les simples réprimandes de ses parents les transforment en monstres, Alan finit par se définir comme un enfant battu par un père distant et tyrannique. Une bonne part de sa vie est constituée d’échec et ne font que nourrir une rancune tenace. Pourtant Alan semble parvenir à passer outre ses humiliations. Au fond il est heureux. Il a une vision de la victoire qui le pousse à raconter les meilleurs épisodes professionnels, qui peuvent légitimement gonfler sa fierté s’il ne les précédait pas de détails à la con, comme lorsqu’il a trouvé l’idée d’un nouveau talk-show dont il raconte la naissance alors qu’il réfléchissait tranquillement sur son lit en se massant les couilles. C’est sans grande surprise qu’Alan casse ses effets de style, pourtant judicieusement recommandés par les éditeurs.

Alan a beau avoir mûri curieusement il reste l’animateur égocentrique qui pense que tout lui est dû. Il admet volontiers les erreurs de son parcours, sans jamais y reconnaître sa propre responsabilité. Tout l’art du Partridge est dans ce détail. Il livre une biographie étonnement honnête et de mauvaise foi. Et préfère, au détour d’une note de bas de page, balancer sur la sexualité de ses collègues. Un grand livre drôle qui devient hilarant pour les connaisseurs, en particulier si vous avez vu I’m Alan Partridge. Se savoir dans le secret et débusquer tous les petits détails et les mensonges d’Alan est un régal. Qu’il pare de dignité sa dernière entrevue avec Tony Hayers ou sa fuite du domicile d’un fan (2 ème vidéo) ne trompera personne. Si le livre est dédié à Lynn Benfield, sa fidèle assistante et souffre-douleur, il faut remarquer avec quel soin son nom n’est jamais cité et les photos sont soigneusement coupées pour la faire disparaître. Sans oublier les fabuleuses légendes où toute la subtilité et la retenue d’Alan s’expriment. Le livre a ses moments cultes comme les préoccupations d’Alan sur l’absence d’un accès handicapé à l’église pour son mariage, comment il découvre la vérité sur les activités suspectes de sa femme (3ème vidéo) et le passage qui m’a fait le plus rire où il expose son projet d’une série sur un détective régional : Swallow (1ère vidéo). Swallow est un flic peu conventionnel, amateur de puzzles et ancré dans la réalité. Contrairement à son supérieur gauchiste il sait bien que la majorité des crimes est le fait des demandeurs d’asile et gens du voyage. Comme n’importe quel flic Swallow est un homme en proie au questionnement, dont le chaos qu’est sa vie privée ne l’empêche pas d’enquêter sur l’absence de noirs dans la ville. Jamais à court d’idée et de motivation I Partridge est un merveilleux livre sur l’histoire d’un homme qui se relève toujours face à l’adversité. Inutile de vous dire qu’il a eu le dernier rire (Oui je la ferai jusqu’au bout).

 

Open Books With Martin Bryce (2012)

Martin Bryce n’étant pas disponible suite à une rencontre entre un auteur mécontent et un critique déçu (ahem) Chris Beale assure la relève pour cette émission régionale destinée aux amoureux de la littérature. Alan a revêtu ses habits d’écrivain pour nous dévoiler quel lecteur et auteur se cache derrière l’animateur. Face à un public et jury acquis, il se dit prêt à subir la critique qui n’arrivera jamais. Il profite de l’occasion pour nous livrer quelques extraits, pour ça il doit se déplacer sur le plateau et en grand professionnel passe devant la caméra ou les projecteurs et finit par casser ses lunettes.  Alan est donc prêt à se livrer, à écouter et échanger mais reste peu coopératif. Alan est un invité spécial, facilement distrait, surtout si des jumeaux sont présents dans le public.  J’ai lu le livre en version papier et après avoir vu cette émission je regrette de ne pas avoir pris la version audiobook lue par un Alan habité.

Livre, uniquement en anglais, que je vous recommande chaudement. Pour être honnête avoir vu les deux programmes précédents apporte un plus dont on peut difficilement se passer. Néanmoins I Partridge est un bijou de comédie, une lecture fluide qui n’annule en rien les effets comiques. Et dans cette plongée en un monde ridicule survient ces moments dérisoirement touchant où Alan, terriblement seul, raconte comment sa rencontre avec un cheval l’a aidé à surmonté son addiction chocolatée. Depuis il est devenu son ami sur Facebook et visite régulièrement la page du haras en attente de nouvelles.

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I Partridge, We Need to Talk About Alan – Ecrit par Armando Iannucci, Steve Coogan, Rob et Neil Gibbons. 2011. 336 pages.

Alan Partridge on Open Books With Martin  Bryce – Ecrit par Steve Coogan, Rob et Neil Gibbons. Réalisé par Declan Lowney. 2012.

Retrouvez sur mon blog un portrait/hommage à Steve Coogan – L’observateur obsessionnel https://dismoimedia.com/2016/10/20/portrait-de-steve-coogan-lobservateur-obsessionnel/


6 réflexions sur “I Partridge : We Need To Talk About Alan (fausse autobiographie) – Transposition réussie

    1. 😀 Tu devrais jeter un oeil à ça https://www.comedy.co.uk/forums/thread/23060/ C’est vrai parfois c’est hallucinant, ils parodient bien Et les bios larmoyantes Et les bios égocentriques Et les bios revanchardes.
      D’ailleurs dans la (vraie) autobio de Steve tu trouves des petites références. Et pour le coup, moi qui suis toujours réticente à l’humour écrit, là ça marche si bien, ils parviennent parfaitement à retranscrire le malaise que provoque et subit ce personnage ! A lire absolument quand tu auras fait connaissance avec Alan.

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    1. Et ça me fait plaisir ! Même s’il n’y restera pas longtemps, tu vas dévorer ce livre !
      Évidemment de toute façon Lynn est un peu sa grande soeur, voire même son âme-sœur…
      Je te dis pas ma joie de gamine quand je suis tombée sur cette phrase !

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