Saxondale (BBC) – Sweet Steve

Saxondale - Steve Coogan, Rasmus Hardiker et Ruth Jones
Steve Coogan, Rasmus Hardiker et Ruth Jones (BabyCow Productions)

Tommy Saxondale (Steve Coogan) a la cinquantaine bedonnante. Il travaille pour une société de dératisation et s’entiche de son jeune collègue Raymond (Rasmus Hardiker) qu’il prend sous son aile. Tommy est surtout un ancien roadie, il se pose en témoin et acteur de la révolution culturelle des années 70. Il se définit comme l’archétype du rebelle face à une nouvelle génération qu’il estime consensuelle et peu concernée. Colérique il suit, sans grande conviction, une thérapie de groupe.  A peine remis d’un divorce douloureux il vit une folle histoire d’amour avec Magz (Ruth Jones) au dépend de Raymond et son innocence colocataires forcés de leur sexualité débridée. De son côté Magz poursuit la lutte. Artiste elle rend hommage aux grandes femmes de l’histoire en les peignant seins nus et ridiculise les puissants sur des t-shirts provocant qu’elle vend dans sa boutique « Smash the System ».

Comment se faire insulter par Steve Coogan ? Leçon n°1 : Dire que l’accent de Tommy est l’invention d’un bourgeois essayant de jouer au prolo. Leçon n°2 : Dire que Saxondale est moins drôle qu’Alan Partridge. L’ex-roadie a surpassé l’animateur dans le coeur de Steve. Quatre ans après la fin du triomphal I’m Alan Partridge Steve vit pour la 1ère fois une période creuse. Alors qu’il commence a envisager sérieusement une carrière au cinéma les offres et les rôles se font moindres.  Après une décennie jalonnée de succès les années 2000 se révèlent moins fructueuses. Coïncidence ou pas l’auteur et comédien entame un tournant dans sa carrière inauguré par Tommy Saxondale. Oui Saxondale est délibérément moins drôle. Toujours enclin d’explorer les failles des hommes qui ont du mal à faire face à leur propre réalité Steve et Neil Mac Lennan explore avec moins de férocité et plus de tendresse l’enfant terrible d’une génération qui pensait ne jamais vieillir.

Tous les personnages créés par Steve ont une part de lui. Tommy pourrait être son ami, ils partagent une même passion pour les voitures, le rock et le new age ou encore l’ingénierie. Tommy est le héros de sa vie, il aime à contrôler et dominer chaque situation, il lui arrive de s’emporter et pourtant malgré un portrait à priori négatif il se dégage de lui une grande humanité. La grande réussite de cette série est le couple Magz/Tommy, cette partie si elle offre sa part de rire est aussi incroyablement touchante. Si Tommy se rêve en mentor le fond ne tourne pas autour d’une pseudo-confrontation ‘supérieur/faible’. Chacun s’en tire, chacun y tire sa petite victoire entre deux humiliations. Je pense qu’il y a du Steve en Tommy beaucoup qu’il ne voudrait l’avouer, ce qui rend à mes yeux cette œuvre très touchante. Contrairement à ses autres créations Tommy est volontairement drôle, avec un usage abusif du sarcasme et un sens de la répartie. Homme intelligent et plein de bonne volonté il tente de combattre les idées reçues pour souvent finir par se heurter à la réalité. Lorsqu’il prend naturellement le parti des squatters qu’il admire pour leur esprit de liberté il finit par changer d’avis après une visite chez eux. Un revirement qu’il a du mal à assumer et préfère dissimuler par lâcheté. Heureusement Tommy retrouve de sa superbe lorsqu’il est confronté à son bourgeois de voisin (Darren Boyd), un type coincé qui voudrait singer Tommy pour l’amadouer en simulant une conduite et des goûts similaires.

Pour sa seule collaboration avec Neil Mac Lennan Steve explore pour la 1ère fois la naïveté comme moteur comique. Certes Tommy cherche souvent à prendre le dessus, à être celui qui sait mieux que les autres sans pour autant faire de sa vie une compétition permanente. Grâce au travail de Ben Miller, réalisateur du pilote, Tommy est affiné et Steve recadré pour éviter toute agressivité. Malgré les apparences les liens entre les personnages sont tendres, d’une complicité taquine. Et le portrait de cette frange de la population est comme d’habitude aussi drôle que sympathique. Là où une secrétaire passive/agressive et un brin vulgaire comme Vicky (Morwenna Banks) aurait pu déboucher sur une représentation insultante, cette femme est simplement drôle et mine de rien la seule à tenir tête à Tommy. Loin d’être pesant Saxondale est bien sûr une comédie. Moins grotesque elle offre tout de même de grands moments sous les traits de Keanu Reeves (Steve) (1ère vidéo) le emo junkie ou la confrontation avec les étudiants d’une école privée, où à trop faire le malin Tommy se retrouve en slip.

Comme il l’a déjà prouvé par le passé Steve sait s’entourer. Matt Berry compositeur dès la 1ère saison intervient dans deux épisodes de la 2ème (3ème vidéo – Matt et Steve, deux légendes sur un même plan, l’extase!). Ben Miller repasse devant la caméra pour incarner un rival de Tommy. Alexander Armstrong incarne la parfaite caricature Jeremy Clarksonesque et Kevin Eldon vise juste en dépressif collant. A noter les apparitions de Greg Davies, Simon Greenall, Rosie Cavaliero, Tim Key et Christophe Ryan (5ème vidéo). Gros coup de coeur pour le 3ème épisode de la 1ère saison avec le formidable Mark Williams (4ème vidéo), ancien compagnon de route qui oblige Tommy à faire face à sa réalité dans une confrontation très émouvante. Steve compose un Tommy plus en retenue et laisse s’épanouir Rasmus Hardiker parfaite incarnation de l’innocence, loin d’être un idiot. Ruth Jones est une Magz tellement naturelle dans son amour de l’anti-conformisme.

Grande sitcom où Steve Coogan livre pour la 1ère fois un portrait ouvertement touchant d’un homme qui a vieilli sans s’en rendre compte dont le final est étonnamment triste. C’est un tournant plein de réalisme et de justesse pour un comédien qui refuse désormais les personnages cyniques. La nouvelle orientation prise par Steve me pousse à poser la question de savoir s’il n’y fait pas ses adieux à sa propre jeunesse au succès frénétique.

Créé et écrit par Steve Coogan et Neil Mac Lennan. Réalisé par Ben Miller, Matt Lipsey et John Henderson. 2006-2007. 2 saisons. 13 épisodes. 30 minutes.

Saxondale - Steve Coogan
(dr)

 

Retrouvez sur mon blog un portrait/hommage à Steve Coogan – L’observateur obsessionnel https://dismoimedia.com/2016/10/20/portrait-de-steve-coogan-lobservateur-obsessionnel/


6 réflexions sur “Saxondale (BBC) – Sweet Steve

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