Dead Set (E4) – Digne successeur de Romero

Affiche - Dead Set

Prenez les ingrédients essentiels à toute bonne télé-réalité : l’idiote Pippa (Kathleen McDermott), le pseudo-intellectuel Joplin (Kevin Eldon), le sanguin Marky (Warren Brown), la folle Grayson (Raj Ghatak), la chaudasse Veronica (Beth Cordingly), le sage Space (Adam Deacon), la nerveuse (Chizzy Akudolu) et bien sûr le producteur sans scrupules Patrick (Andy Nyman) et sa pauvre assistante Kelly (Jaime Winstone). Ajoutez une invasion de zombies féroces, la présence de la vraie présentatrice de Big Brother Davina McCall et les caméos d’anciens candidats pour une critique sanglante produite et diffusée par le même groupe.

Avant de chanter ses louanges sachez que Dead Set est gore, vraiment gore. On utilise ce terme à tort et à travers dès qu’une oeuvre met en scène du zombie. Prenez The Walking Dead où chaque saison surenchérit avec des cadavres toujours plus dégueulasses mais emprunt d’un certain grotesque qui finit par atténuer la violence visuelle. Ici tout est cru, sans détours et je peux comprendre que vous soyez choqués. Pour ceux qui n’ont plus peur des corps charcutés suivez-moi.

Si vous êtes familier avec le travail de Charlie Brooker, la virulence de cette série ne devrait pas vous surprendre. Journaliste (jeu-vidéo), chroniqueur (screenwipe) et créateur-scénariste de Black Mirror, Brooker est un habitué du genre, s’élevant régulièrement contre les dérives des médias. Dead Set emprunte le chemin de la critique foisonnant de parallèles entre le mort-vivant et l’amateur de célébrités factices et faciles. En 5 épisodes de 25 minutes (le premier fait 45 minutes), la série égratigne les artisans et promoteurs de l’émission sans épargner son public.

Channel 4

Dead Set mêle parfaitement brûlot et horreur avec une maîtrise de l’ambiance. Le clair-obscur est savamment utilisé mais le plus réjouissant réside dans l’utilisation du son. Les candidats sont coupés du monde et les rares contacts avec le danger sont permis grâce au son. Une des scènes les plus glaçantes résulte de l’isolement des participants entourés par une meute invisible mais assourdissante. Le choix d’un plateau de téléréalité comme structure principale se révèle intelligent et bien exploité. On se demande comment finiront-ils par comprendre ce qui se passe et comment feront-ils face. Tout l’intérêt de Dead Set se joue sur cette transposition entre deux mondes absurdes. Notamment la présence du producteur qui permet de jouer habilement sur la question de l’humiliation pré et post apocalyptique.

Dead Set fait le choix de la satire radicale. Le zombie s’identifie tantôt au candidat tantôt au spectateur. La horde absurde des zombies ressemble en tout point au public affamé en quête de fausses stars et rumeurs dégradantes. Difficile, à l’oreille de faire la différence entre une foule hystérique à l’idée de retrouver le dernier éliminé de Big Brother et la foule en train de se faire bouffer. La série se permet même de répondre à ceux qui excusent la téléréalité en la parant d’une vague notion divertissante. Les personnages caricaturaux sont éprouvés et malmenés avant et après l’apocalypse. Les groupes formés pour les besoins du programme restent les mêmes. Le zombie qui les observe de son regard vide depuis un écran de la régie est à ce sujet hautement évocateur.

Dead Set parvient à offrir une série d’horreur très violente et pertinente. Cruelle pour ceux qu’elle vise, la série met en scène un univers irrationnel où le besoin irrépressible de chair fraîche conduit au pire, servit par un casting parfait et une écriture osée.

 


7 réflexions sur “Dead Set (E4) – Digne successeur de Romero

  1. Je l’ai vue il y a longteeeemps, mais effectivement, je me rappelle avoir été mi-amusée mi-perplexe. Visuellement, c’est plutôt cru et les personnages sont caricaturaux sans l’être entièrement. Je me souviens de la scène où le producteur (?) démembre un cadavre pour espérer rester en vie… Grand souvenir. Il faudrait que je la revoie, je n’ai plus tout en tête, mais j’ai vraiment été marquée par le côté vraiment grinçant de l’ensemble (Big Brother chez les zombies, c’est quand même fameux).

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    1. Je comprends au fond il tente de se moquer des caricatures montées pour et par la tv sans vraiment les détruire. C’est bien cette scène avec le cadavre de la folle. T’as raison de le revoir, passé le stade de l’étonnement et du gore, tu vas redécouvrir la critique maline du genre. Et après avoir vu la dernière saison de GOT tu retrouveras Kevin Eldon, celui qui incarne la version bouffonne de Ned Stark.

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