‘Instant Articles’ pour sortir les journaux de la crise, fausse bonne idée ?



L’heure est à la réflexion. Face aux chamboulements majeurs amenés par le numérique la presse se cherche un nouveau modèle économique. Les exemples de réussites sont à ce point variés qu’il est impossible aujourd’hui de trouver un moyen infaillible de s’en sortir. A voir les réussites de Médiapart et du Financial Times, en ligne et payants on se dit que le meilleur moyen de réussir et encore de proposer un journalisme d’analyse et d’investigation. Sauf que le tout payant, le tout gratuit ou un contenu d’appel gratuit et un corpus majeur payant se soldent par des résultats très variables selon le pays, le ton et les thèmes abordés. Il était donc tout à fait naturel de voir Facebook s’engouffrer dans le domaine, selon sa volonté de ne plus se contenter d’être un réseau social et devenir un outil centralisateur de toutes les activités numériques que l’utilisateur consulte toute la journée sans se déconnecter. La firme à donc pris contact avec de prestigieux groupes et titres pour mettre sur point une offre (Instant Articles) à priori alléchante pour les protagonistes et qui recèle pourtant de quelques dangers, et pas des moindres.

Les ventes papier diminuent d’année en année. Les chiffres sont cependant suffisants pour que les éditeurs réfléchissent à un nouveau mode de distribution. Que propose donc Facebook dans cette affaire ? Afficher tout simplement les articles directement sur Facebook et selon la mise en page du site originel. Des titres prestigieux ont accepté l’offre : le New York Times, le Guardian, National Geographic, NBC News, BBC News, Spiegel Online, Bild, BuzzFeed, The Atlantic. Le gain de nouveaux lecteurs est selon eux non négligeable. Environ 10 à 20% des visites proviennent des réseaux sociaux. En embarquant du contenu Facebook met en avant la rapidité de réponse, quand une redirection vers le journal en ligne mettait 8 secondes. En terme de revenu les bénéfices de la publicité sont intégralement reversés au journal si celle-ci est prise en charge par l’éditeur. Dans le cas contraire le titre reçoit 30%.

Jusqu’ici Instant Articles a tout de l’aubaine, sur le court terme en tout cas. Difficile de prédire correctement les conséquences sur les visites du journal en ligne. Le rebond étant interdit, le site du journal risque lui de perdre des visites et enregistrer des chutes de visiteurs sur le long terme. En habitué d’un service rapide, l’utilisateur de Facebook reviendra-t-il découvrir plus largement un titre quand la sélection s’effectue à sa place ? Si ce nouvel hébergeur décide de changer et d’instaurer des conditions désavantageuses pour les éditeurs, ces derniers seront-ils en position de négocier ? Et là n’est pas le seul problème. Contrairement à la nouvelle application Apple (News), les contenus ne s’affichent pas sur le flux des utilisateurs selon l’heure de diffusion mais apparaissent selon les réglages d’un algorithme dont seul Facebook a le secret.


Le réseau social est un atout indispensable sur mobile où il est un des rares à tirer parti de la pub sur ce support. Alors que les éditeurs cherchent le moyen d’être moins dépendants de Google, ils assurent avoir négocié en leur faveur. En priorité l’indépendance éditoriale est garantie et les analyses des données anonymes sont toujours effectuées par les journaux. Reste plus qu’à récolter les retombées, sauf si Facebook modifie son algorithme. Le créateur de jeu Zynga subit ce sort et s’effondra. Face à cette éventualité, Facebook met en avant l’achat possible de ‘j’aime’ pour palier un mauvais référencement. Certes Instant Articles n’est qu’un pas de plus dans la dépendance des éditeurs envers la rentabilité. Cependant l’impossibilité de s’en détacher et le poids immense des potentiels hébergeurs augurent de sombres futurs. Si le financement des journaux est devenu un problème touchant toutes les rédactions, l’indépendance sera le défi principal du journalisme à l’ère numérique. 



Sources : 
Le Monde :  Facebook devient hébergeur d’articles de presse d’Alexandre Piquard
Ina : Instant Articles de Facebook : aubaine ou piège pour la presse en ligne ? de Nykos Smyrnaios
Rue 89 : Les médias, « des serfs au royaume de Facebook » ?  de Delphine Cuny



4 réflexions sur “‘Instant Articles’ pour sortir les journaux de la crise, fausse bonne idée ?

  1. Merci beaucoup ! Et encore une fois merci aux sources !
    J'ai lu à ce sujet la réflexion de feu David Carr le spécialiste média du New york times qui prédisait avec cette appli la fin de la page d'accueil. Finie la curiosité donc…

    J'aime

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