American Horror Story – Freak Show – Chef d’oeuvre bis

American Horror Story - Saison 4 - Freak Show - Affiche
Elsa Mars, allemande, émigre aux Etats-Unis pour fuir une carrière ratée dans le music-hall. Directrice d’un cirque de monstres, elle offre aux freaks un des derniers refuges de bienveillance. Enfin aimés et respectés les monstres se constituent en une famille soudée, faisant face aux sombres rumeurs les accusant d’une série de meurtres sauvages perpétués dans la ville de Jupiter où ils ont récemment trouvé refuge.
American Horror Story est définitivement une série à la qualité imprévisible. Enchaînant les modes de narration, les univers et les thématiques, Ryan Murphy le créateur renoue avec la structure inaugurée dans la 2ème saison. Freak Show est davantage une histoire au long court, permettant de sonder l’âme de l’époque et ses figurants. Le résultat est d’une finesse rarement atteinte. L’accent est mis sur les personnages et leur cheminement vers la folie ou la revanche.
American Horror Story - Freak Show - Rose Siggins, Naomi Grossman, Erika Ervin, Emma Roberts, Mat Fraser, Christopher Neiman
Rose Siggins, Naomi Grossman, Erika Ervin, Emma Roberts, Mat Fraser, Christopher Neiman
Contrairement à ce que le sujet laissait présager l’horreur n’est pas dans ces corps difformes. Le malsain est créé et ne profite pas bêtement de l’exposition des monstres. Ces derniers ont le beaux rôles. Non l’horreur vient de la perversion de l’humain, celle qui corrompt les biens portants et les freaks. Les hommes sont égaux face à la violence, l’hypocrisie et les tentations. Le sang coule dans et par les veines cabossés par la vie. Mentalement retournés par un environnement hostile, ils répandent la terreur, ce à quoi répond la rumeur publique et une police guidée par ses à priori.
Cette saison frôle le chef-d’œuvre par l’écriture exceptionnelle de ses personnages. Rares sont les séries à offrir autant de personnalités aussi accomplies. Pour sa dernière apparition, le personnage d’Elsa Mars est un hommage à Jessica Lange. Incarnant encore une fois une femme autoritaire, elle cache tant bien que mal des souvenirs atroces et l’amertume de s’être fait volé une soit disant prometteuse carrière par éternelle rivale Lady Marlene. A la faveur d’une vieille superstition chaque monstre aura la chance d’exposer ses difficultés et ses souffrances. Les portraits se dessinent sans misérabilisme au travers d’un corps-entrave et d’un esprit lucide. La violence est toujours présente, elle est souvent écœurante et l’on finira toujours par découvrir le déclic vers la folie.
American Horror Story - Freak Show - Sarah Paulson
Sarah Paulson
La réalisation est cette fois plus posée. Mise en scène calme et décor ultra-coloré contrastant avec la souffrance des protagonistes. L’époque est comme toujours parfaitement reconstituée. L’environnement est plongé dans une brume qui affaiblit et enveloppe personnages et couleurs. L’apparition de Jessica Lange dans un encadrement de porte, les cheveux formant une sorte de halo lumineux, est une merveille esthétique. Les références sont multiples. L’incursion d’un flash-back annonçant l’existence d’un esprit maléfique emprunte avec brio la voie des films expressionnistes en noir et blanc. Je regrette cependant une mise en route tranquille et la multiplication un peu tardive des intrigues. Malgré un intérêt certain leurs résolutions s’effectuent en version accélérée. La conclusion est plus sombre que d’ordinaire, la saison est aussi plus émouvante. Vous découvrirez l’histoire déchirante de Pepper, déjà aperçue dans Asylum.
Le casting impose le nouveau Finn Wittrock dans une composition saisissante de Dandy Mott, un fils à maman ravagé. Frances Conroy fait des merveilles en femme au foyer modèle à la garde-robe soignée. Jessica Lange est sublime dans un rôle enfin différent, incarnant une émouvante gloire sur le déclin, voyant sa carrière et son univers s’enfuir doucement. Denis O’Hare trouve enfin un rôle consistant dans la peau d’un « chasseur » de monstre. En siamoise à deux personnalités Sarah Paulson est impressionnante. Michael Chiklis compose un personnage sensible et Neil Patrick Harris fait une apparition intense. A l’inverse on retrouve Angela Bassett et son habituel cortège de mimiques ridicules et stéréotypées, Emma Roberts, fade, peut dire merci à tata Julia. Quand à Jamie Brewer, inquiétante à souhait dans les précédentes saisons, semble engoncée dans un déguisement et son jeu à la limite du faux finit par être gênant.
Portrait sensible et nuancée Freak Show vaut surtout pour sa galerie de personnage hors du commun. Chaque chose  à son origine. L’ultra-violence est toujours la règle quand l’émotion ne prend pas le dessus. Le principe de reprendre les mêmes acteurs est respecté sauf qu’ici le premier lien entre saisons s’affiche, or il est évident que certains personnages ne peuvent pas être intégrés aux précédents rôles des interprètes, chose qui peut rapidement déconcentré le téléspectateur.

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16 réflexions sur “American Horror Story – Freak Show – Chef d’oeuvre bis

  1. Tu me donnerais presqu'envie de découvrir cette saison… Nous avons jeté l'éponge à la 3e trouvant que, malheureusement, le plus réussi dans American Horror Story était son générique, glauque et malsain à souhait !

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  2. Merci ! Le ton est clairement portée sur l'écriture, cette saison AHS renoue avec la cohérence ! Le personnage de Dandy Mott par exemple est extrême mais jamais ridicule, on découvre même les origines de sa folie et son moteur. Au fond les vrais monstres restent des êtres humains. En ce qui concerne le générique tu seras servi. Il est particulièrement esthétique, dérangeant comme tu les aime et artistique !

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  3. Effectivement tu n'aimais pas la saison 2 pour son recours systématique à tout les éléments surnaturels possibles. Ici le seul surnaturel relève d'une vieille malédiction. Le reste ressemble à un Stephen King en mode thriller. Ce sont les psychopathes et l'ultra-violence qui guident cette saison. D'ailleurs le portrait des monstres est digne et les personnages denses comme jamais. Sans oublier la reconstitution avec ton adorée Jessica Lange.

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  4. Je suis en train d’écrire ma critique de Freak Show me rappelant que tu avais fait la tienne ! Et oui, j’ai ENFIN découvert cette série et même si elle n’est pas parfaite (je n’ai notamment pas compris la sorte de projection qui montrait les siamoises manger le cupcake pour QUICK DANS LE MUSEE), elle est vraiment bien foutue et sacrément addictive, avec dans l’ensemble des acteurs excellents (mention spéciale effectivement à Wittrock et à Jessica Lange).

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    1. Hâte de te lire, c’est un bel objet qui a une qualité très variable et un casting qui vogue entre excellence et fausse note. J’ai vu que sur ton blog tes lecteurs te le recommandent souvent. Les cupcakes n’étaient pas empoisonnés par le docteur pour mieux capturer les soeurs ? (C’est le pique-nique dont tu parles ou un diner avec le fils ?).
      C’est curieux d’ailleurs, une fois plongée dès les premiers épisodes tu dévores la saison mais à chaque fois je mets une plombe à me lancer. Malgré mon emballement ici je n’ai toujours pas demandé la dernière.

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      1. Ouais c’est l’image du pique-nique dans laquelle on voit une des deux mortes puis on voit le corps dans du formol dans le musée !
        Je suis déjà au 4e épisode de Hotel, franchement j’accroche !

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      2. Humm par moment je prenais certains passages comme les projections et les rêves du médecin. Le problème est que rien n’est venu confirmer cela. Je pense que ces scènes sont simplement là pour alimenter l’atmosphère, elles sont les rares touches d’horreur dans un univers dominé par le malsain. Si je me souviens bien elles n’ont d’ailleurs aucune incidence sur le scénario et les personnages.

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      3. Oui voilà c’est ça qui me gêne, il y a quelque chose d’inutile !
        (PS : je compte te scanner des pages de mon p’tit livre, je vais essayer de le faire demain, comme ça je fais deux en un, je t’envoie ça et je réponds à ton mail !! 😉 I don’t forget you).

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      4. Et si tu veux poursuivre la découverte de la saga plonge toi directement dans la saison 2, sublime et quelque peu similaire dans sa construction. Par contre elle accumule les éléments surnaturels, certains détestent, ça ne m’a pas dérangé plus que ça.

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      5. Ben là ça y est, j’ai fini la saison 5 que j’ai bien aimée ! Oui j’entends tout un débat sur la saison 2, je crois qu’il y a la présence d’extraterrestres qui a dérangé les gens !

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  5. Franchement, après l’enthousiasme qu’avait provoqué chez moi la troisième saison, ce Freakshow a été une cruelle déception. Certes, l’ambiance est malsaine, « les monstres ne sont pas toujours ceux qu’on croit » mais c’est tellement brouillon, bâclé et mal fichu… Je me suis ennuyée sur une bonne partie de la saison et le personnage de Dandy ne m’a jamais convaincue (alors que sa mère, par contre, tellement convaincante que j’avais envie de l’anéantir à coups de baffes).
    Heureusement qu’il y avait Jessica Lange et son charisme habituel pour retenir mon intérêt parce que sinon, je doute que je serais allée jusqu’au bout.

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    1. C’est le bordel mais pour moi l’ambiance et la reconstitution permettent d’englober le tout dans un ensemble forcément dense mais à mes yeux agréable. C’est un peu la saison de l’exagération, après c’est l’idée générale j’ai l’impression, même si j’ai aussi râlé à l’empilement de drames comme pour le passé hyper-violent de la patronne.

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