Des journalistes perdent leur carte de presse ? Là n’est pas le problème

C’est avec le coeur lourd et une vive incompréhension que Pascale Clark enchaîne les titres refusant de présenter l’émission A’Live ce lundi 9 mars sur France Inter. A l’origine de cette grève surprise le refus par la Commission de la carte de presse le renouvellement de sa carte. Pascale Clark n’est plus reconnue comme journaliste par l’institution du métier. L’affaire fait grand bruit. La réaction de Pascale Clark et le lendemain celle de Patrick Cohen, qui au micro déchira sa carte, suscitent des commentaires contrastés. Remis en cause du travail de journaliste au sein d’une émission culturelle ou réactions des représentants d’un bastion de privilégiés qui se tromperaient de combat ? Les débats sont ouverts !
La carte de presse. Pour qui ? Pour quoi ?
La carte d’identité de journaliste professionnel fêtera ses 80 ans le 29 mars. Pour l’obtenir quelques conditions sont à remplir. Premièrement l’activité professionnelle et les revenus du futur détenteur doivent majoritairement provenir de l’exercice du journalisme. S’il s’agit d’une première demande le journaliste doit prouver d’au moins 3 mois de travail. La demande peut être effectuée par le journaliste lui-même ou par l’employeur qui se charge alors d’une demande collective pour ses salariés.
L’absence de carte de presse n’empêche pas l’embauche. La carte est principalement une sorte de pass’ permettant l’accréditation pour assister à certains événements sous contrôle (conférences de presse au ministère) ou l’entrée gratuite (musées…).
Je ne discuterai pas de la légitimité de la Commission a décider ce qui est information et ce qui ne l’est pas. Au premier abord cette décision aurait pu entraîner un débat sur la reconnaissance du travail en amont d’une émission comme la sienne. Si l’on en juge au comportement de l’intéressée, dénuée de sa carte elle n’aurait plus qu’à exercer la profession de DJ. Tout le reste n’est que journalisme. Sauf que sur cette rébellion de deux barons de la radio se cache une pratique détestable que Patrick Cohen et Pascale Clark se gardent bien de condamner. On ne crache pas dans la soupe !
Des employés précarisés dont profitent les employeurs
 « Pascale Clark privée de sa carte de presse (d’abord) par son employeur ! » – Régis Soubrouillard sur Marianne.net

« Ce n’est pas la Commission de la carte, qui a refusé à Pascale Clark le rectangle de plastique. C’est la direction de France Inter, en la maintenant dans un statut d’intermittente. Qu’est-ce qui justifie que Clark soit encore une intermittente du spectacle ? Rien. – Daniel Schneidermann sur @rrêt sur images.

Soyons honnête, la carte de presse n’a pas grand intérêt, surtout pour deux personnes si ancrées dans la profession. Si les questions qu’elles soulèvent sont jugées légitimes quand aux réelles motivations de la Commision le reste est pour le moins indécent. Sans rajouter au ridicule de la carte de presse détruite 3 semaines avant son renouvellement c’est une attitude aveugle sur la situation d’une partie toujours plus grande de la profession qui est ici méprisée.
Retirer une carte de presse sous le prétexte que Pascale Clark gagne plus en tant que productrice que de journaliste, soit. L’injonction n’est pas absurde en soit. On ne va pas plaindre celui qui a cette chance de conduire et produire sa propre émission. En revanche le dispositif est vicieux lorsqu’il ne fait pas la différence entre un cas comme celui de Clark et le pigiste précaire obligé de cumuler piges mal payées et boulot alimentaire au risque de faire passer ce second au premier rang de ces revenus.

Pire encore, dans son plaidoyer Pascale Clark admet être une intermittente du spectacle. Chose absolument banale dans le milieu. Radio France, France Télévision, la Tnt, nombreux sont les employeurs à user de ce statut afin de ne pas assumer entièrement les journalistes qui pourtant enrichissent régulièrement leur contenu.

« Plus de carte de presse au double motif qu’elle est rémunérée en qualité de productrice sous le statut d’intermittente du spectacle, c’est vrai, mais ce n’est pas nouveau, et puis surtout « A’live » ne présente pas le caractère d’une émission d’information. Alors là il faut qu’on m’explique » – Patrick Cohen dans la Matinale de France Inter

  » Second argument de la commission : vous êtes rémunérée en qualité de productrice déléguée radio sous le statut d’intermittent du spectacle. C’est vrai. Je l’admets, depuis toujours sur Inter, pour le 7/9 d’un été, pour la revue de presse, pour l’émission Tam-tam etc, pour le 7h50, pour les nuits blanches, pour Comme on nous parle. C’est vrai, mais ce n’est pas choisi. Ce statut d’intermittent à mon corps défendant devient donc une double peine. Je suis permittente, ces intermittents permanents qui plombent, on le sait suffisamment, le régime des vrais gens du spectacle. » – Pascale Clark dans A’live

Les grands gestes passent, les écrits restent. Et ils sont navrants. La faute à qui ? A la méchante Commission évidemment. Qu’elle soit une intermittente ne l’indigne que lorsque ce statut remet en cause ses états de faits. En revanche que sa très chère station use et abuse du stratagème ne semble pas gêner ces nouveaux révolutionnaires,à aucun moments les pratiques de leur employeur ne sont remises en cause. Clark et Cohen n’ont plus rien à prouver pour siéger chaque matin à la station. Que l’on touche à une de leur attribution est un scandale. S’ils ont fait mine de s’intéresser aujourd’hui aux difficultés rencontrées par les « petits » de la profession cela n’a pas toujours été le cas. Et à défaut de générer autour d’eux un réflexe protecteur c’est surtout l’ire de collègues essorés par le système qui les entourent.

En complément je vous invite à lire cet excellent papier de Joséphine R. (pseudonyme). Journaliste, elle raconte pour Rue89 comment les boîtes de production manipulent le statut d’intermittent pour mieux profiter des largesses de l’Etat tout en maintenant l’employée dans une situation délicate :
Je fais des reportages pour télé-poubelle sur le dos de l’Etat

!function(d,s,id){var js,fjs=d.getElementsByTagName(s)[0];if(!d.getElementById(id)){js=d.createElement(s);js.id=id;js.src= »//platform.twitter.com/widgets.js »;fjs.parentNode.insertBefore(js,fjs);}}(document, »script », »twitter-wjs »);Rendez-vous sur Hellocoton !


8 réflexions sur “Des journalistes perdent leur carte de presse ? Là n’est pas le problème

  1. J'aime énormément ton article qui dit vraiment tout ce que je pense. Je n'ai jamais supporté ce Cohen, qui se plaint toujours juste pour faire le buzz et ne pose réellement des questions de fond.

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  2. Merci de cet article, il est très éclairant. C'est surtout bénéfique de mettre en lumière ceux qui souffrent vraiment de la précarité de cette pluralité de contrats, parce que eux, n'ont pas le choix

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  3. Mais quel métier si compliqué : peu de formations reconnues, un statut toujours plus instable, au combien précaire, détesté par l'opinion publique, abusé par les employeurs (sur les forums j'ai lu que la nouvelle mode c'est d'engager des journalistes comme auto-entrepreneurs haha), dont l'éthique et la liberté sont sans cesse questionnées. Que sommes-nous allés faire dans cette galère ? Ça me rappelle les histoires qu'il y a eu quand une partie de la rédaction du Petit journal s'est vue refuser le renouvellement de leur carte de presse sous prétexte qu'il s'agit d'une émission de divertissement. D'un autre côté, j'ai aussi entendu que JeremStar le blogueur tv réalité, pourrait prétendre à l'obtenir. Désespérant.

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  4. Merci !
    Hey oui ! Avec ses fausses postures de défenseur des droits journalistiques. Ils feront semblant pour quelques jours histoire de justifier leur coup d'éclat. Mais avoue qu'on s'ennuierait un peu sans lui.

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  5. Et le centralisme ! Et dire que ce métier est un pilier de la démocratie…
    Nous sommes habitées par l'idéal journalistique, on se croit les nouveaux chevaliers blancs de la profession 😀
    Je me demande aussi quelle motivation il faut avoir pour continuer malgré tout.
    Les conditions d'attribution de la carte sont à revoir. Malgré tout il restera une question d'éthique. Peuvent-ils se permettre de juger le travail avant attribution ? D'ailleurs si on joue sur ce sujet le blogueur reçoit les informations depuis les candidats eux-mêmes. Il peut-être considéré comme un moyen de publicité et de communication et donc l'exacte contraire des qualités du journalistes.

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  6. ah, ça me rappelle les débuts du Petit journal, quand l'équipe qui le composait avait dû attendre trois ans pour avoir cette fameuse carte… ceci dit c'est un outil très pratique pour trier les journalistes au Salon du Livre -:) revanche des attachées de presse.
    (je crois que Pascale Clark a perdu son e dans le premier paragraphe…!)

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  7. Je suis curieuse de savoir ce que les protagonistes en avaient pensé à l'époque.
    Ah ah dans mes lectures je suis tombée sur quelques piques de journalistes sur les attachées de presse. Tu aurais des articles à ce sujet ? Ça m'intrigue.
    Oups, pourtant j'ai relu…

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