Quand le reporter part avec une idée précise…

Nous avons tous connu ce moment de frustration. Un sujet, un devoir, un mémoire, une dissertation ou un article à traiter et une question précise à discuter. Les premières idées se jettent sur le brouillon, mots-clefs, expressions éparses et phrases catégoriques. Pourtant la rédaction des arguments démonte petit à petit l’erreur des premières idées. La conclusion n’a plus grand chose à voir avec l’idée que l’on se faisait de cette démonstration.

Il m’est très (trop) souvent arrivé de constater des décalages, plus ou moins importants, entre un reportage et son commentaire. Une constatation qui prime principalement pour les reportages télévisés. Souvent il s’agit du titre. Un besoin de rameuter un nombre croissant de spectateur, un énnoncé vaguement annonciateur de ce qui arrive quand le traitement, lui, est en adéquation. Le propos illustre parfaitement les images. La surprise est agréable (passée l’impression d’avoir été appâté comme un lecteur de presse people…)

Là où cela me gêne c’est face à l’incompréhension (consciente ou non) du sujet par son commentateur. Les prises de vues s’enchaînent avec une voix off enchaînant des propos vagues, généralistes assénés comme de vieux poncifs glanés dans l’air du temps. Les exemples sont nombreux, je n’en retiendrai qu’un. Il peut paraître anecdotique, le journalisme vit une crise interne et une crise de confiance hautement plus inquiétantes et intéressantes à traiter. Mais le sujet m’intéresse car il démontre la propension croissante à bâcler les sujets, la faute à une rédaction toujours plus pressée de boucler ou une profession qui a du mal à comprendre les critiques face au trop grand manque de profondeur dans le traitement par les grands titres et émissions.

Je regardais donc un reportage au JT de 20H. Cible facile tant le programme est source d’approximation et de comparaison douteuse. Un sujet en particulier attire mon attention, l’expatriation des français en Australie. Le pays attire de plus en plus, il serait un eldorado des travailleurs selon le journaliste. Constatation très générale sur un sujet qui semble intriguer de plus en plus de nos citoyens avides de nouvelles expériences. Le sujet empile les phrases conjugées à la troisième personne, décrit comme une option viable et ce avec l’appui d’un témoignage. Un seul mais quel témoignage ! Un entrepreneur eu l’idée d’y développer et d’y commercialiser une montre. Soit je suis une quiche absolue en matière d’entreprenariat et d’économie mais il me semble que l’entrepreneur innovant est un profil gagnant dans de nombreux pays. Voilà donc une promesse faite aux téléspectateurs, l’expatriation est un bon filon … si vous avez une idée. Quid de l’étudiant, de celui qui veut simplement changer de vie, celui qui n’a rien d’un créatif, fonctionnaire ou boulanger dépourvu du c.v magique ? Si l’expatriation est si répandue dans l’hexagone n’y avait-il pas moyen d’y retrouver un parcours plus « commun » ? Avec ses « conclusions » aussi vagues à la manière d’un voyagiste le reportage de France 2 sur l’expatriation serait comme un Disney qui voudrait vendre du rêve, qu’importe la réalité.

Vous pensez que je m’énerve pour un rien. Après tout nous voyons bien que les propos sont quelque peu exagérés, nous voyons bien la spécificité de cette situation. Oui je pourrai ne rien dire et changer de chaîne. Mais voyez-vous j’ai beaucoup de respect pour le journalisme et son application au sein des plus importantes rédactions me navre toujours plus chaque jour. Faut-il être indulgent face à une profession difficilement accessible, dont le parcours scolaire est parmi les plus difficiles et sélectifs ? Un jour je lisais un article publié dans un magazine culinaire (pas de recette mais une vision de la cuisine dans toutes ses dimensions). Le titre était évidemment alléchant et le contenu de l’article plus que navrant. Une demi-page pour un sujet annoncé en une ! Alors qu’il s’agissait d’évoquer un scandale, le papier était dépourvu de preuve. Pas même d’hypothèses sur les causes et conséquences. Je discutais de ma déception avec un autre journaliste spécialisé qui me rétorquait le manque de moyens de ses collègues. J’en conviens, avec des délais resserrés, l’argent est un autre paramètre handicapant. Sauf que ma demande n’est pas si extravagante. Je lis un article ou je regarde un reportage précis, je m’attends à ce que l’auteur y aille de ses projections et questionnements, tout simplement, je n’attends rien d’autre que de la curiosité et pourquoi pas un peu d’imagination. L’argent à été dépensé à récolter les images, qu’est ce qu’y peut empêcher le reporter de rectifier quelques phrases quand le plus gros à été fait ? Etait-il vexé de voir son propos de départ contredit par la réalité ? Y a-t-il eu coupure faite en l’absence de l’auteur ? Est-ce par simple fénéantise, après tout, se dit-il, le spectateur réctifiera de lui-même. De même l’absence de précision serait-elle dû à un manque de connaissance dans un domaine précis ? Avec une profession en difficulté les journalistes, et les futurs en formation apprennent à être polyvalent. Est-ce un manque de spécialisation qui rend ces reporters si peu nuancés. Je ne demande pas leur avis juste les multiples pistes et informations glanées, peu m’importe si elle partent dans tous les sens du moment qu’elles enrichissent le propos, sans désigner les bons et les méchants.

Le sujet se doit d’être traité de manière à offrir, non pas une exposition des faits, mais une exploration de la situation.

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4 réflexions sur “Quand le reporter part avec une idée précise…

  1. Très bon article, c'est un débat auquel je suis comme toi très sensible. Je conçois que l'impartialité ne soit pas toujours évidente, après tout le journaliste est un être humain… mais je pense que la part de « réflexion personnelle » et de partialité intervient au moment où tu choisis l'angle de ton reportage et donc tes témoins. Ensuite, si les propos des témoins ne conviennent pas à ce que tu avais en tête sur le sujet donné, il faut accepter d'apprendre des choses, d'être entraîné dans une direction imprévue.

    J'ai un exemple très concret à partager. En 2009, je gérais un très gros site sur Michael Jackson. Il devait donner des concerts à Londres. Au printemps, la production a annoncé que le début de la tournée était reporté du 7 au 13 juillet. C'est alors que je suis contactée par une journaliste de France 2 préparant un sujet pour le JT (ce qui va appuyer tes propos sur le JT !). Ce n'est pas une débutante, elle est grand reporter depuis longtemps, familière de sujets autrement plus complexes (politique étrangère, etc).

    Elle veut à tout prix me faire intervenir au JT… et commence à me poser des questions sur les réactions des fans que j'observe via mon site suite à l'annonce de ces changements de date. Je lui réponds que la plupart des fans étaient conscients que le planning de cette tournée était serré, avec trop peu de temps pour les répétitions… et qu'ils ont donc accueilli la nouvelle avec compréhension. Sauf que j'ai vite compris qu'elle avait déjà son angle en tête : « Les fans de Michael Jackson sont furieux contre lui parce qu'il a reporté des concerts ». Elle n'écoutait aucune de mes réponses. 45 minutes d'entretien téléphonique pour au final qu'elle me dise « En fait les fans sont furieux ». J'ai bien sûr refusé de participer au JT en question… Ça devait être une période creuse en actualité mais j'ai du mal à comprendre qu'on puisse me parler de venir sur le plateau ET d'apparaître dans un reportage pour évoquer un « non-débat ».

    Le reportage était d'une médiocrité affligeante… Elle m'avait demandé des précisions sur certaines choses (chiffres, dates, etc) mais dans la vidéo, elle avait inclus non pas la réalité mais ses propres approximations. Je ne me souviens pas des détails mais par exemple, si elle me disait « Les concerts sont décalés de 3 semaines » et que je répondais « Non, de 6 jours », elle disait dans le reportage « Les concerts sont reportés 3 semaines plus tard ».

    Et je le répète, ce n'était pas une jeune journaliste… Quête d'audience ? Pressions ? Désintérêt pour l'éthique ? Là, je parle d'un sujet sans grande portée mais s'il en va de même dans tous les domaines, c'est inquiétant.

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  2. Merci pour ton partage, ce que tu racontes est vraiment ahurissant. Il ne s'agit plus de faute de temps ou d'inattention, on sent le mépris pour le sujet et pour ton intervention. D'ailleurs je n'arrive pas à comprendre pourquoi avoir pris autant de temps avec toi si c'est pour tout jeter ? A moins qu'elle voulait bien se faire voir auprès de la gérante du site en pensant que tu aurais une influence sur la communauté des fans, qui aurait forcément à redire et toi tu les apaiserais avec ton expérience. C'est tiré par les cheveux mais si elle se permet d'agir avec toi comme ça, sachant que tu as les outils pour répliquer c'est vraiment qu'elle ne s'inquiète pas de sa réputation et de celle du JT.
    Tu as peut-être subi le mépris que subissent les fans en général. Il y a souvent à redire à ce sujet, ils s'imaginent que les admirateurs ne s'offusquent plus à être ridiculisé sur TF1 et NRJ 12 alors sur un sujet de 3 minutes… Cela me conforte sur l'absence d'humilité et de remise en cause.
    Comme tu le suggère, je suis sceptique quand au traitements de l'information en général et je ne suis pas optimiste…
    Au fait tu as tenté de la contacter à nouveau, ou d'envoyer un mail à la rédaction pour constater le décalage et les erreurs du reportage?

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  3. Je n'ai pas cherché à les recontacter car j'estime avoir fait mon job. Je ne peux pas grand-chose contre le manque d'éthique et de conscience professionnelle.

    Je ne me rends pas compte de la difficulté à trouver des témoins à vrai dire… mais j'ai eu un peu la même chose quelques mois plus tard quand il est décédé. J'étais à Los Angeles et j'ai été happée par un journaliste de TF1 plus qu'insistant, qui m'a collé aux basques pour que je témoigne au JT (tu le sens venir, le sujet « Certains ont fait le déplacement depuis la France dès qu'ils ont appris la nouvelle » ? ^^). Je lui ai suggéré d'aller interviewer le journaliste de RTL ha ha (il avait pris un avion en business class pour L.A. dès l'annonce du décès).

    Je gérais le site en question à titre professionnel… Les préjugés dont tu parles, je ne les ai pas trop vécus de la part de la presse. Plusieurs magazines ont publié des articles du site en France et à l'étranger, je n'ai eu presque que de bons contacts avec les journalistes sur ce type de collaboration. De même, chez les étrangers ça suscite plutôt de l'intérêt. Le mépris, il vient davantage des Français du milieu de l'entreprise classique quand ils voient ça sur mon CV. Quand je ne mentionne pas le thème du site, ils sont impressionnés par ses statistiques, sa dimension entrepreneuriale, le fait d'arriver à se verser un salaire grâce à un site web. Si par malheur je glisse que c'était un site sur Michael Jackson… le ton change et c'est comme si le travail effectué n'avait plus aucune valeur.

    C'est triste à dire mais un journaliste sent vite s'il a affaire à un passionné de musique, à un « phénomène de foire » qui se déguise en Michael Jackson et vit au milieu de ses posters à 50 ans… et quelqu'un qui écrit sur le sujet dans une perspective pro. Selon le média et le reportage, le journaliste ne cible pas le même type de témoin… et les propos rapportés ne sont pas utilisés de la même manière.

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  4. Parfaitement d'accord avec ton dernier paragraphe. Peu importe le support il s'agit toujours de journalisme avec sa formation et ses règles immuables.
    Je le redis mais ton témoignage en plus d'être plus que complet et très précieux. Tu témoignes de toute la complexité à juger ce métier, ses intentions alors que tu as eu un contact direct.
    Hormis les déplacements en zone de guerre, qui m'inspire un respect infini, les voyages semblent être souvent l'occasion de prendre des vacances.
    Espérons que la culture web et ton expérience soient mieux respectées, comprises et étudiées avec le temps.

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