Dis-moi La Reynière, un nouveau nom pour un lourd passé.

Assis au centre en compagnie de Pierre Perret

A son arrivée personne ne pouvait l’ignorer. Que ce soit à la rédaction du Monde ou chez les pontes de la gastronomie française. Avec une longévité exceptionnelle au sein du quotidien, l’équipe se renouvelle, le secret se perd au fur et à mesure des départs à la retraite. Le public lui ne se pose pas de question et pour cause La Reynière fut un des plus importants critiques gastronomiques, une discipline tombée en désuétude à laquelle il offre de nouvelles lettres de noblesse. Ses engagements sont étonnement d’actualité. Il prône le cycle local, du producteur au restaurateur le plus proche. Chaque produit servi à table doit être l’objet de la plus grande attention et ce de la viande jusqu’au pain. Il s’engage pour le terroir, l’excellence du produit plus que l’expérimentation culinaire, s’oppose à la nouvelle cuisine et à l’apparition des produits industriels. Il est craint et respecté, un seul de ses papiers peut défaire une réputation, privilège qu’il est d’usage d’accorder à l’époque au guide Michelin.

La Reynière est discrètement mis à la porte en 1993. Il nous quitte en 1998. Le Monde publie le 18 Avril 1998 une nécrologie étrangement lapidaire. Et pour cause, ce qu’elle contient est une bouleversante révélation pour ses lecteurs.

Robert Courtine Deux noms deux vies


ANCIEN CHRONIQUEUR gastronomique du Monde, Robert Courtine est mort, mardi 14 avril, à Colombes (Hauts-de-Seine), à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Il avait eu deux noms et deux vies. Sous le pseudonyme de La Reynière et sous un patronyme rendu célèbre, il était devenu un « pape » révéré et craint par les chefs les plus illustres. Il avait ainsi fait oublier une jeunesse exaltée qui avait conduit ce fils d’une famille parisienne modeste, né le 16 mai 1910, à écrire dans la presse d’extrême droite d’avant-guerre. Et à suivre ses amis dans la pire des aventures : celle de la presse de la collaboration.

En août 1944, s’estimant, à juste titre, gravement compromis par ses écrits, il fuit Paris et se retrouve à Sigmaringen, où s’entre-déchire le petit monde éperdu de la collaboration. A l’arrivée des Alliés, il passe en Suisse, puis rentre en France après les premières rigueurs de l’épuration, est jugé et purge sa peine.

Il entame en 1952 une nouvelle carrière. Il écrit de courts billets de variété dans Le Parisien libéré. Dans Le Monde, où il signe La Reynière, ses chroniques gastronomiques obtiennent un succès croissant. Jusqu’en octobre 1993, nombre de lecteurs, qui n’ont pas les moyens de fréquenter les temples de la grande cuisine, le suivent avec délectation. Il écrit aussi, à partir de 1961, sous son nom, des chroniques dans La Dépêche du Midi et, plus tard, dans Paris-Match, publie de nombreux ouvrages sur cet art de la table dont il ne cessera de défendre avec énergie l’authenticité. Il compose en même temps des chansons et produit des émissions radiophoniques. C’est cependant la gastronomie qui le porte à une célébrité qui dépasse les frontières françaises.

De la plus exécrable des politiques à la lointaine succession de Brillat-Savarin, l’itinéraire n’étonnera que ceux qui n’ont pas connu les tempêtes d’hier.

JEAN PLANCHAIS

Avant la guerre Robert Courtine s’engage à l’Action française (mouvement nationaliste, antirépublicain, antisémite…). Parallèlement à son adhésion à l’Association des journalistes antijuifs Robert Courtine écrit pour plusieurs journaux collaborationnistes: Au pilori, la Gerbe, le Pariser Zeitung, Les Juifs en France… En tant que chroniqueur théâtral à Je vous hais il juge ainsi « Mademoiselle Levy, qui manque singulièrement de talent, comme son nom le laissait déjà présager… ».
Le Monde est fondé en 1944 en remplacement du Temps, journal collaborateur. Hubert Beuve-Méry, resistant, sera son premier directeur. Dans le climat d’après guerre l’heure est à la reconstitution de l’économie et à la reconstruction du pays. Il n’est plus question de condamner et d’ostraciser une part de la population. Robert Courtine sort de 5 ans de prison. Une loi datant de l’épuration empêche les collaborateurs d’accéder au journalisme hormis aux chroniques culinaires et touristiques. Robert Courtine entre ainsi au Monde en 1952. La rubrique gastronomie est à l’époque un sous-genre du journalisme, ses artisans sont alors dénués de toute influence et d’autres ex-collaborateurs rejoindront ses rangs.
Malgré sa seconde chance et sa réhabilitation Courtine ne semble pas avoir abandonné ses anciennes convictions en s’opposant au critique Gilles Pudlowski, ce dernier est témoin de son antisémitisme persistant.

Retrouvez l’article à ce sujet sur la version abonné du Monde : ici

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