Dis-moi Girls, série tendance surestimée ou véritable chef-d’oeuvre ?

Girls-Jemima Kirke, Allison Williams, Lena Dunham et Zosia Mamet
Jemima Kirke, Allison Williams, Lena Dunham et Zosia Mamet

Girls est un cas à part. Chaque épisode m’a fait réagir et réfléchir. Aujourd’hui j’écris sans avoir de réel avis tranché sur cette série.

Girls ce n’est pas vraiment une histoire ou des histoires. Ce sont quatre vies qui se déroulent sous nos yeux. La quête d’un travail, d’une vie amoureuse stable et d’une amitié vécue avec ses hauts et ses bas. Vous rencontrerez Hannah l’écrivaine en quête de reconnaissance, Marnie l’introvertie incapable de savoir ce qu’elle veut, Shoshanna la studieuse célibataire et Jessa la rebelle insaisissable.
Semi-autiobiographie Girls se veut une sorte de radiographie de la jeunesse New-Yorkaise dans tous ses travers, sont face à face avec la réalité et ses rapports humains.

La créatrice Lena Dunham a parfaitement bien saisi les préoccupations et paradoxes de notre génération dans sa quête professionnelle, entre espoirs et désillusions. Comme ses héroïnes nous sommes tous conscients de l’issue et pourtant nous continuons à nous inscrire à l’université ou à nous rendre aux entretiens avec cette espérance folle de trouver le boulot idéal avant d’avoir atteint la trentaine. Elles subissent l’ascenseur émotionnel, elles s’emballent aux moindres points positifs et la descente est encore plus violente. La scène qui l’illustre le mieux est celle où Hannah se retrouve dans ce qu’elle pense être le Graal de tout écrivain. Tout est réuni pour démarrer une nouvelle vie professionnelle épanouissante. Pourtant Hannah va vivre en une conversation la perte de toutes ses espérances, une par une dans une mise en scène très sobre à la violence bien réelle. L’idée qu’à chaque diplôme ou rendez-vous obtenus se dessine encore et toujours un nouveau départ, celui où il faut encore et toujours prouver ce que l’on peux, ce que l’on est.

Girls-Alex Karpovsky, Christopher Abbott, Adam Driver et Andrew Rannells
Alex Karpovsky, Christopher Abbott, Adam Driver et Andrew Rannells

L’amour subit plusieurs traitements, de la dépendance affective au fantasme sexuel. Lena Dunham se pose des questions, emploie des pistes sans jamais apporter de réponses. Elles sont toutes incapables de vivre sereinement leurs histoires d’amour malgré des compagnons présents et attentionnés. Elles ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent et n’arrivent pas à mettre fin à ce qu’elles disent vivre avec douleur. Est-ce le reflet d’une jeunesse plus exigeante en quête d’une passion dévorante ou la peur de se retrouver seule ? Ce questionnement est très bien illustré par Marnie, dont ses sentiments contraires se mêlent et la plongent dans un certain désarroi. L’observation des sentiments est lente et bien distillée entre les trois saisons. L’évolution du couple formé par Hannah et Adam est bien amenée et subtile. L’ambivalence de notre génération est illustrée à travers les deux caractères d’Hannah l’intellectuel qui ne perd jamais espoir et son compagnon Adam, terre à terre et sceptique, comme si ces deux n’en formaient qu’un. Une dualité nécessaire pour ne pas perdre pied entre cette fausse naïveté qui nous permet de croire en une société dont nous découvrons chaque jour qu’elle n’est peut être pas faite pour nous.

Girls
Hannah, Jessa, Shoshanne et Marnie

Avec Girls les grandes réussites cohabitent avec de grands défauts. Ainsi les personnages sont assez caricaturaux, chacune verse dans l’extrême tout en partageant le même égocentrisme. Elles se connaissent et s’aiment depuis longtemps, sont très intimes. Les conversations sont souvent des dialogues de sourds où chacune s’écoute parler et ne cherche dans le discours de l’autre qu’approbation. Jessa obtient la palme de l’exaspération. Particulièrement agaçante elle ne s’emmerde jamais de paroles douces et réconfortantes. Sa présence aurait dû être réjouissante à la manière d’un personnage anti-conformiste capable de titiller son monde et de nous amuser par la même occasion. Girls n’étant qu’un vivier de filles égocentriques Jessa devient un sujet d’exaspération en plus, je ne me suis jamais autant énervée qu’en la voyant. Les tentatives pour la rendre attachante me passent au dessus de la tête, je ne parviens pas à éprouver une once de tendresse pour elle. Jessa se montre donc particulièrement méchante, capable de disparaître sans laisser de nouvelles et revenir comme ci de rien n’était. Ses amies s’inquiètent un temps de ce comportement et se jettent dans ses bras lors des retrouvailles. Avec toute la bonne volonté du monde je ne comprends pas cette indulgence. Elles s’en prennent toutes plein la tête, sans jamais se remettre en question et finissent toujours par se retrouver. Quels sont ses liens si extraordinaires qui permettent de tout excuser ? Je n’en aurai jamais la réponse. J’essaye de me dire qu’après tout c’est un moyen d’interroger le spectateur. Pourquoi s’apprécient-t-elles ? Sentiments sincères ? Besoin d’une écoute ? Nécessité de vivre par le regard d’autrui, auto-satisfaction de se croire le centre du monde de ses amies ?

Girls a souvent été décrite comme une série féministe qui voit pourtant s’affronter les hommes et les femmes d’une manière assez traditionnelle et décevante. Les femmes sont irrationnelles quand les hommes leur opposent leur sens du réalisme. En histoire de l’art le concept d’oeuvre d’art totale désigne une oeuvre qui s’exprime autant par le fond que par la forme. Si je voulais être gentille j’appliquerai cette définition à Girls. J’ai du mal à croire qu’une série capable de fulgurances si justes face cohabiter des éléments si médiocres. Toutes ses exagérations ne seraient qu’un tout, la vision homme/femme si manichéenne ne servirait qu’à mettre en valeur les contradictions de notre jeunesse actuelle avec un narcissisme de façade comme écran à nos doutes permanents à l’image du couple Adam/Hannah.

Lena Dunham a donc adapté certaines parties de sa vie, piochée dans sa personnalité, le fait qu’elle s’expose autant, qu’elle se définisse de la même manière qu’Annah est assez dérangeant. Cette exposition, certains emploient le mot d’exhibition, renvoie à tout ce que j’ai détesté. Aimer Girls ce serait aimé cette attitude nombrilliste qui m’a tant irrité chez les personnages et qui est pourtant la démarche à l’origine de la série. L’ambition (la prétention?) de la créatrice d’en faire un objet subversif me laisse indifférente. J’ai l’impression de passer d’une brillante observation de notre monde contemporain à une fausse subversion à coup d’impudeur et de corps imparfaits.
Je pense que Girls restera une référence pour toutes les subtilités qu’elle a su capter sur la jeunesse et les questionnements qu’elle aura provoqué, si on l’a considère en tant série en revanche je serai plus mitigée.

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4 réflexions sur “Dis-moi Girls, série tendance surestimée ou véritable chef-d’oeuvre ?

  1. Personnellement j'aime bien cette série mais elle comporte ses défauts, surtout dans la deuxième saison. Je trouve que Dunham a su observer la jeunesse de maintenant, mais les personnages sont parfois énervants, d'autres trop délaissés. Surtout du sexe trop gratuitement (du coup, la série perd sa dimension pseudo féministe). Mais la saison 3 était bonne, avec de bonnes intrigues et un Adam enfin intéressant j'ai très envie de regarder la saison 4.

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  2. Adam est une très bonne surprise, que ce soit en tant qu'homme, amoureux ou acteur. La saison 4 sera intéressante de ce point de vue. Je vois que certains personnages t'ont aussi énervé. J'espère que la saison 4 apportera des portraits plus en finesse.
    Le sexe est effectivement très présent, d'où des accusations fréquentes d’exhibitionnisme.

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  3. Je n'arrive pas à avoir d'avis tranché sur cette série. La première saison avait été une révélation, car je trouvais la série sortant un peu du conformisme télévisuel, avec ses personnages réalistes – certes extrêmes – plus proches de nous que beaucoup de personnages lissés du petit écran. Et les questionnements nous bousculent, nous amènent à réagir. Certains m'ont touché de près – aspirante « écrivaine » que je suis, en galère d'emploi, mais aussi les doutes et les difficultés financières. Mais en regardant les saisons suivantes, j'ai eu un moment de doute. Tout d'un coup mon sentiment d'identification a disparu. J'avais l'impression que ça tournait un peu en rond, et surtout que les fils ne tiennaient plus la route. Trop de trash, trop d'extrême, jusqu'où iront les personnages ? Je continue de regarder pour Adam, qui me plait beaucoup et j'espère que la saison 4 aura un peu plus de profondeur.

    Une autre critique évoquée à propos de cette série fut l'absence d'autres ethnicités. Mais je crois que cela appartient bien à la sphère un peu tordue de la discrimination positive à l'américaine.

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  4. Se seraient-ils laissé emporter par le succès et la réputation de la 1ère saison ? En tout cas les réactions se recoupent autour d'un enthousiasme des débuts et une lassitude sur la longueur. Dunham sort un livre et assure la tournée promotionnelle en ce moment, une aventure qui je l'espère l'inspirera un peu.
    Ahh ce Adam quel succès ^^ Son personnage et l'acteur sont très intrigants et hors norme.
    Pourvu que tu ne vives pas la violente désillusion d'Hannah ! ^^

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